Des encres invisibles pour lutter contre le trafic des biens culturels

Marquage d’un tesson avec de l’ADN. © Université de technologie de Troyes
Discrétion, longévité, innocuité pour l’objet, facilité de marquage et de décodage : telles sont les caractéristiques des encres développées par une équipe de scientifiques de Troyes et destinées à la lutte contre le trafic des biens culturels.
Les pièces archéologiques en sortie de fouilles ou intégrées aux collections des musées seront-elles prochainement identifiables grâce à un marquage invisible infalsifiable ?
Projet NOSE
Si elles n’en sont pas encore au stade de la commercialisation, de telles technologies existent désormais. Elles ont été mises au point par une équipe de chercheurs de l’université de Troyes dans le cadre du projet NOSE (Nouvelle encre de sécurité pour le marquage des objets archéologiques). « À la suite d’une première collaboration avec des archéologues et des musées, nous avons déposé un projet de recherche ANR en partenariat à la fois avec le Centre de recherche de l’École nationale supérieure de la police et le laboratoire du CNRS Histoire et sources du monde antique (HiSoMA), explique Julien Proust, responsable du projet. L’objectif était de trouver des solutions pour dépasser les limites des marquages traditionnels : les numéros gravés, les puces, les étiquettes ou les vernis marqués couramment utilisés présentent soit des risques d’altération de la surface soit de détection évidente, ce qui permet aux trafiquants de procéder à leur retrait. »

Test du capteur d’encres à nanoparticules dans une apothèque proche du site de Kition à Larnaca (Chypre). De gauche à droite, Sabine Fourrier, archéologue et directrice de recherche au laboratoire HiSoMA, Jérôme Plain, professeur des universités de l’UTT, coordinateur du projet NOSE, et Théo Duarte. © Université de technologie de Troyes
Nanoparticules ou ADN
Deux pistes ont été explorées en parallèle, dans le cadre de deux thèses de doctorat. Toutes deux incluent la pose d’un vernis protecteur, mais la première, étudiée par Théo Duarte, comprend des nanoparticules fluorescentes (visibles sous une lampe à UV), la seconde, de l’ADN synthétique. Plus coûteuse, la deuxième solution présente néanmoins l’avantage de posséder une capacité d’encodage supérieure : « En utilisant le code de l’ADN, fondé sur la combinaison des quatre lettres A, T, C et G, nous pouvons indiquer différents types d’informations, incluant notamment le lieu de fouille, la date de découverte, mais également son emplacement précis, sa couche stratigraphique, précise Margaux Gaillard, qui a travaillé sur cette deuxième piste. Du fait de son coût, cette technique serait sans doute réservée aux objets les plus précieux, aux plus belles pièces qui entraînent un risque de falsification plus important. »

Les stylos utilisés par les archéologues à Chypre, en 2023, pour le marquage des tessons. © Université de technologie de Troyes
Expérimentation sur le terrain à Chypre
Les deux procédés n’en sont pas au même degré d’avancement. Le premier a déjà pu faire l’objet d’une expérimentation sur le terrain. En 2023, à Chypre, sur le site de Kition à Larnaca, une centaine de tessons de céramique a ainsi été marquée d’une goutte d’encre contenant la solution de nanoparticules : « Nous avions fourni aux archéologues trois stylos, correspondant chacun à un codage différent, se rappelle Julien Proust. Ils ont pu ainsi tester la facilité d’utilisation et évaluer le temps nécessaire à la pose du point d’encre, puis au séchage et à l’intégration dans leur base de données. » La facilité de décodage – sans avoir à passer par un laboratoire spécialisé – était aussi un impératif du projet. Le développement de lecteurs spécifiques vient d’aboutir, à l’automne, à la réalisation de deux dépôts de brevets. La réponse devrait intervenir au printemps, et les recherches se poursuivre ensuite. Pour passer de la preuve de concept aux prototypes et à une éventuelle industrialisation.

Vue du site archéologique de Kition à Larnaca, Chypre. © Jerrye et Roy Klotz / Wikipédia





