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Le mot du mois d’Anne Lehoërff : « soupe »

Miniature du Livre du roi Modus et de la reine Ratio, XIVe siècle. Paris, BnF, Fr. 22545, fol. 72.

Miniature du Livre du roi Modus et de la reine Ratio, XIVe siècle. Paris, BnF, Fr. 22545, fol. 72. © BnF

Au cœur de l’hiver, et au lendemain des excès de table, elle est une évidence. Elle, la soupe. Mais pour l’archéologie ? Depuis quand l’humain soupe-t-il ?

Sa trace matérielle semble bien difficile à saisir. Le temps est cruel avec la soupe, qu’elle soit avalée, digérée ou même non consommée. Ici comme souvent, il faut penser par déduction et se contenter de quelques indices directs (récipients, figurations, etc.) pour oser l’archéologie de la soupe.

Un des plats les plus anciens de l’humanité

Pourtant, avec l’invention du feu, des batteries de cuisine, les foyers sédentaires et les domestications, la soupe a peu de chance d’échapper à l’histoire. Plus encore, elle est dans les bols de tous les habitants du monde. Clairette ou veloutée, végétale ou protéinée, faite de restes ou de morceaux choisis, c’est un des plats les plus anciens de l’humanité, dès la Préhistoire. Partout, elle est au menu, dans toutes les sociétés et dans toutes les catégories sociales.

Soupe de poissons, soupe de tortue

Ce qui en fait sa variété, c’est sa composition, et sans doute ses modalités de consommation. Quelques très rares témoignages le confirment. Au Japon, une équipe de chercheurs britanniques a identifié des soupes de poissons dans des céramiques jōmon grâce à l’analyse de résidus alimentaires. En Chine, en 2010, c’est un bouillon cuisiné avec des os qui a été mis au jour dans une tombe de la région de Xian, datée de la période des Royaumes combattants. Dans la grotte de Oesem en Israël, il y a quelque 300 000 ans, il n’est pas impossible qu’une recette de breuvage de tortue ait été concoctée dans les carapaces elles-mêmes. Il y a donc de l’espoir pour cette très vieille histoire. Soyons archéologique. Soupons !