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Janvier 2026 : les livres à ne pas manquer pour les amateurs d’archéologie

Des origines du feu aux collections de verres anciens du musée L de Louvain-la-Neuve en Belgique, de l’église romane de Saint-Nectaire à la christianisation des Aztèques, découvrez notre sélection de livres du mois.

Aux origines du feu 

Depuis La préhistoire du feu parue en 1977, le temps n’est plus à devoir chercher les indices archéologiques de l’existence du phénomène et à en établir la liste détaillée des vestiges, pour en prouver l’existence dès les époques les plus reculées de l’humanité. Nécessaire à l’origine, cette démarche est aujourd’hui devenue plus réflexive. En effet, depuis presque 50 ans, les nombreuses nouvelles découvertes et méthodes d’analyse offrent un degré d’information inédit sur la question de l’apparition et de l’utilisation du feu. Mais le cadre est resté le même, avec les plus anciennes traces connues datées entre 1,5 et 1 million d’années à Koobi Fora, au Kenya, et une diffusion très répandue aux alentours de 400 000 ans en Afrique, en Europe et en Asie. Que les témoignages de la pratique du feu aient gardé cette répartition dans le temps et dans l’espace conduit Catherine Perlès à porter un regard critique sur son approche initiale, identifiant certains préjugés, et n’hésitant pas à remettre en cause ses conclusions d’antan. Au-delà du sujet, ce regard neuf est un éclairage sensible sur la manière d’aborder les données de la Préhistoire. P. B.

Oublier Prométhée. La lente préhistoire du feu, 2025, Catherine Perlès La Courneuve, Société d’ethnologie, 96 p., 10 €

Égyptologie parisienne 

Quel curieux ouvrage ! Remarquablement mis en page, il nous propose une singulière visite de Paris à la recherche de son histoire… égyptienne ! Au fil des rues et des quartiers, nous voici plongés dans mille et une anecdotes sur des merveilles issues de la vallée du Nil. Une vingtaine de lieux est ainsi abordée par l’auteur, une égyptologue, spécialiste des momies : le musée du Louvre et la place de la Concorde bien sûr, mais aussi le Père-Lachaise, la rue de Sèvres, le 7 quai Voltaire (chez Dominique Vivant-Denon), le Jardin d’acclimatation, les rues du 2e arrondissement (rues d’Aboukir, du Caire et d’Alexandrie…) ou encore les montagnes égyptiennes (disparues) du Faubourg-Poissonnière. Un autre regard sur la capitale et une manière de réaliser que la pyramide du Louvre est la digne héritière d’une longue égyptomanie ­parisienne… É. F.

Promenades égyptologiques dans Paris. Destins de momies et autres histoires inattendues, 2025, Angela Stienne, Paris, Armand Colin, 158 p., 25,90 € 

L’outil à la trace

La taille de la pierre est un art qui requiert de nombreux outils. Ces derniers ont parfois été oubliés ; pourtant, ils s’inscrivent dans une histoire millénaire, de l’Antiquité, voire au-delà, à aujourd’hui, sans avoir nécessairement subi d’évolutions majeures. Heureusement qu’ils laissent leurs traces ! Ces précieuses marques sont des indicateurs autant de l’outil utilisé que du geste effectué, du savoir-faire de l’artisan, mais aussi des conditions de travail. Grâce à cet ouvrage, petit format carré esthétique et pratique, qui tient bien dans la main et est aisé à feuilleter, nous découvrons ainsi le marteau à grain d’orge, la polka, le ciseau gradine ou la ripe, soit une trentaine d’outils aux appellations parfois poétiques. Pour illustrer chacun d’eux, un nom et un dessin au trait, accompagnés d’un court texte de présentation, sont complétés par des photos de qualité de l’outil, de son mode d’utilisation, des traces qui le caractérisent et de réalisations effectuées avec. Pour les néophytes comme pour les spécialistes, cet ouvrage est un beau livre, pour le plaisir des yeux et des curieux. P. B.

De la trace à l’outil, 2025, Thierry Gregor, Bertrand Riba, Talence, Éditions Fedora, collection Thesaurus, édition bilingue français-anglais, 180 p., 15 €

Saint-Nectaire romane

Cette monographie de l’église romane de Saint-Nectaire offre, pour la première fois, une histoire complète de cet édifice, modèle du genre. Selon le propre de cette collection d’ouvrages, elle croise les disciplines (histoire, archéologie, géologie, archéométrie, architecture, archéologie du bâti, histoire de l’art) afin d’être le plus exhaustive possible : quand, comment et par qui cette icône de l’art auvergnat a-t-elle été construite ? d’où proviennent ses matériaux ? quelle furent ses campagnes de restauration successives ? quelles sont ses liens avec son environnement proche comme avec les réseaux des monuments contemporains ? ou encore comment comprendre la complexe iconographie de son exceptionnel programme sculpté, nourri de références antiques, mais portant un discours religieux et politique dans le sillage de la réforme grégorienne des XIe et XIIe siècles ? Servie par de très belles images, une passionnante ode-enquête à Notre-Dame du mont Cornadore. É. F.

L’église de Saint-Nectaire en Auvergne, 2025, Dominique Allios, préfaces de Géraldine de Mallet et d’Alphonse Bellonte, Rennes, PUR, 235 p., 35 €

Pour en finir avec le pillage

Issu d’une thèse de doctorat, cet ouvrage offre une synthèse inédite sur les ravages du pillage contemporain du patrimoine archéologique terrestre en France. Fléau épouvantable, le pillage est avant tout un délit et c’est l’axe singulier de cette approche qui, pour cerner ce sujet tentaculaire, s’attache d’abord à définir ce phénomène (son histoire, souvent très ancienne, mais amplifiée depuis les années 1970 par les détecteurs de métaux, la manière de l’étudier, sa mise en œuvre sur le terrain et ses raisons, entre méconnaissance et appât du gain), puis à comprendre son impact et ses dramatiques conséquences (perte irrémédiable du contexte historique, délaissement d’objets considérés sans valeur marchande, trafic illégal d’ensembles désignés comme des « trésors ») avant, dans un dernier temps, de tracer certaines perspectives (et notamment des mesures à mettre en œuvre pour en venir à bout) entre renfort législatif et pédagogie musclée. Un sujet plus que jamais d’actualité. É. F.

Le pillage du patrimoine archéologique terrestre en France métropolitaine, 2025, Alexandre Dumont-Castells, Lançon-Provence, éditions Netchaeva Elena Valerievna, 293 p., 23 €

Les Aztèques en planches

Mexico, 1539, la domination des Espagnols est complète et la culture aztèque menacée par une christianisation forcée. Les missionnaires cherchent de jeunes autochtones à qui ils pourraient inculquer l’éducation nécessaire à la création d’une élite pétrie des valeurs occidentales. Ainsi, Huitzili, 8 ans, croise la route du père Bernardino de Sahagun. L’enfant est fasciné par le rituel catholique, la musique, les peintures. Devenu Antonio, il se révèle être un élève exceptionnel, maîtrisant les textes sacrés, excellant en latin. De son côté, le père est curieux, ouvert ; il admet que l’intolérance brouille le jugement ; il rêve de mieux comprendre le monde aztèque et de diffuser sa culture pour que tous en saisissent la richesse. Antonio et ses condisciples l’accompagnent ainsi dans une immense collecte de témoignages. Il en sort, après de nombreuses années, un chef-d’œuvre : le Codex de Florence. Ces trois volumes de plusieurs milliers de pages, précieux auxiliaire de l’archéologie, est une histoire visuelle des Aztèques et un état de leur monde au XVIe siècle. Jean Dytar nous offre ici un album qui est émerveillement. L’intelligence graphique se mêle à l’intelligence narrative par un jeu de références entrecroisées entre l’art aztèque et l’art de la Renaissance. Un important appendice par l’historien Romain Bertrand permet de replacer ce récit dans son époque. S. D.

Les sentiers d’Anahuac, 2025, Jean Dytar et Romain Bertrand, Paris, éditions Delcourt, 160 p., 34,95 €

Le verre du Musée L

Le bel ouvrage que voici ! Grâce à ce nouveau venu dans les publications dédiées à ses collections, le musée L de Louvain-la-Neuve (Belgique) met à l’honneur son magnifique fonds de verre ancien. On y découvre ainsi une centaine de pièces (coupes, flacons, gobelets, bols, cruches, balsamaires, aryballes, contenants à khôl ou encore cruches-pendentifs), communes ou rares, issues du fonds ancien de l’université catholique de Louvain, produites dans un vaste espace géographique (de l’Occident au Proche et Moyen-Orient), entre le Ier siècle avant notre ère et le début de l’époque islamique. Si les images invitent à la contemplation, les notices détaillent l’histoire de ces pièces (souvent d’exception), leurs techniques de fabrication (dont certaines insoupçonnées), leur usage (cosmétique, culinaire, décoratif), leur diffusion et, pour la plupart, leur minutieuse restauration. É. F.

Éclat et fragilité. Les verres antiques et islamiques du Musée L, 2025, Chantal Fontaine-Hodiamont, Louvain-la-Neuve, Musée L, 256 p., 34,90 €

Les bases grecques

Objets en apparence anodins et souvent déconsidérés, les bases de statues constituent en réalité des mines d’informations pour les études épigraphiques, architecturales et sculpturales des monuments antiques. C’est ce que nous dévoile ce savant ouvrage, actes du colloque organisé à Athènes en 2019 sur ce sujet. Au fil d’une douzaine de contributions en français et en anglais, il souligne la vitalité de ce champ de recherche, moissonné depuis deux petites décennies. Ce bilan méthodologique de la question se déploie ici en trois grands axes : les bases (parfois réemployées) sont des objets archéologiques nécessaires pour comprendre le monument dans sa globalité ; elles sont constitutives de l’œuvre sculptée – participant pleinement de sa sacralisation, dévoilant des techniques de réalisation inédites ou encore nous instruisant beaucoup sur des créations perdues ; elles font, enfin, partie d’un ensemble et sont à mettre en relation avec leur environnement. Un renouveau scientifique plus que bienvenu. É. F.

Bases de statues en contexte. Approches croisées dans le monde grec antique, 2025, Rachel Nouet (dir.), Rennes, Athènes, PUR, École française d’Athènes, 222 p., 32 €

Légendes ancestrales

En suivant Renarde et Chat-gris, mis au ban du clan de l’Aurochs Noir, nous partons à la découverte des Terres ancestrales, celles des temps lointains de la Préhistoire. D’aventure en aventure, nous vivons au rythme de leur périple ponctué de rencontres inattendues, violentes ou bienveillantes, chemin initiatique vers l’âge adulte pour ces jeunes gens. Humains et non-humains vivaient alors en harmonie au sein de sociétés empreintes de croyances chamaniques autant que de connaissances éprouvées, socles d’une réalité quotidienne subtile, complexe et riche en émotions. Ce parcours d’amour et de haine, de jalousie et de connivence, nous plonge dans un univers qui interroge la nature humaine, et où de nombreuses questions font écho à des situations contemporaines, notamment du vivre-ensemble : tolérance, cohabitation, accueil… Bien documenté, ce roman graphique, aux illustrations noir et blanc crayonnées avec légèreté, vient compléter la gamme de publications des éditions Fedora, consacrées à la diffusion de l’archéologie sous toutes ses formes : un bel ouvrage pour bien commencer l’année ! P. B.

Panthère pâle. Légendes des Terres ancestrales 1, 2025, Emmanuel Roudier, Talence, Éditions Fedora, 448 p., 23 €