Avec l’exposition « Manga, tout un art », Guimet se met à l’heure nippone

Renard à neuf queues, XIXe siècle. Bois sculpté. Paris, musée d’Ennery. Photo service de presse. © Musée Guimet, Paris (dist. GrandPalaisRmn) / Thierry Ollivier
Le musée national des arts asiatiques innove en invitant l’art du manga, pour une manifestation en trois temps retraçant son histoire.
Le manga fait son entrée au musée, et quelle entrée ! En investissant tous les espaces d’exposition temporaire du musée Guimet, l’art japonais du manga devrait combler toutes les générations. Articulé en trois expositions distinctes, l’événement a mobilisé les compétences d’Estelle Bauer, conservatrice des collections Japon, et de l’éditeur Didier Pasamonik. Car persuader les Japonais de prêter leurs planches originales de mangas, véritables trésors nationaux, relève quasiment de l’exploit.

Yamada Isaisō (auteur), Hokusai (dessinateur), Vie du Bouddha historique, 1845. Paris, Bibliothèque du musée des Arts décoratifs. Photo service de presse. © Musée Guimet, Paris (dist. GrandPalaisRmn) / Thierry Ollivier
L’histoire d’un genre
Le résultat est à la hauteur : on n’aura jamais vu autant de mangas réunis en France. Au rez-de-jardin, ils racontent l’histoire de ce genre, depuis le célèbre Astro Boy d’Osamu Tezuka (1928-1989) jusqu’à One Piece d’Eiichirō Oda (né en 1975) et L’Attaque des Titans d’Isayama Hajime (né en 1986). Apparu à la fin du XVIIIe siècle, le terme manga lui-même devient synonyme de caricature en 1890, et désigne ensuite la bande dessinée dans son ensemble. Un genre dans lequel la créativité graphique nippone va donner sa pleine mesure.

Osamu Tezuka (1928-1989), Princesse Saphir, 1953-1956, vol. 1, chap. 2, p. 28. Photo service de presse. © Tezuka Productions
Inspirations et influences
Le parcours en rappelle ainsi les sources d’inspiration, puisées dans la culture de l’époque Edo, tandis qu’un vélo de Kamishibai équipé de son butai (petit théâtre en bois) de 1934 en évoque l’origine, née de la rencontre avec l’Occident, au mitan du XIXe siècle : introducteurs de la presse satirique au pays du Soleil-Levant, les Européens ont en effet favorisé la naissance de périodiques japonais dès 1874. Le parcours s’achève sur l’influence de l’esthétique des mangas sur la mode, avec un ensemble de modèles spectaculaires signés Nicolas Ghesquière, Gucci ou encore Junko Koshino.

Susumu Uchida, planche de kamishibai : Ōgon dani no kettō (Le Duel de la vallée de l'or), Japon, vers 1960. Encre et couleurs sur papier, 26 x 35 cm. Collection particulière. Photo service de presse. © Collection Pierre-Stephane Proust
Les ancêtres de la bande dessinée moderne
Au premier étage, « Avant les mangas » plonge dans la tradition graphique japonaise plus ancienne. Vus parfois comme les « ancêtres » de la bande dessinée moderne, des rouleaux illustrés – ou emaki – occupent l’espace : L’Histoire de Kengaku, notamment, mêle déjà texte et images. La série de caricatures de Kawanabe Kyōsai (1831-1889), dont les critiques visant le pouvoir lui ont valu la prison, est pour la première fois exposée au public, au côté d’un Rouleau humoristique du XVIIIe siècle. Parallèlement, dans la bibliothèque, sont présentés des livres imprimés des XVIIIe et XIXe siècles : des yomihon – livres de lecture – et, déjà, des récits graphiques, dont les plus anciens sont apparus vers 1700 à Edo.

Anonyme, Concours de pets (Kachie), XIXe siècle. Paris, musée Guimet. Photo service de presse. © musée Guimet, Paris (dist. GrandPalaisRmn) / photo Thierry Ollivier
La Grande Vague
Le musée Guimet réserve enfin un final exceptionnel avec la présentation, au deuxième étage, de La Grande Vague de Hokusai accompagnée de nombreux avatars signés Coco, Mœbius, Milo Manara ou même John Galliano pour Christian Dior.

Vue de la section « Sous la Grande Vague ». À gauche : Christian Dior par John Galliano, manteau Suzurka-San, collection haute couture printemps-été 2007. Paris, musée Guimet. Photo service de presse. © Luc Boegly
« Manga, tout un art ! » et « Sous la Grande Vague », jusqu’au 9 mars 2026, « Avant les mangas », jusqu’au 26 janvier 2026, musée Guimet – musée national des arts asiatiques, 6 place d’Iéna, 75116 Paris. Tél. 01 56 52 54 33. www.guimet.fr
Catalogue, coédition musée Guimet / Glénat, 208 p., 40 €.





