Notre-Dame dévoile ses trésors
Le chantier de restauration de Notre-Dame entre dans sa dernière phase. À cette occasion, le musée du Louvre met en lumière le(s) trésor(s) de la cathédrale dans une exposition inédite. Les premières traces concrètes de cet ensemble remontent au VIe siècle. Il est par la suite constamment enrichi de dons concédés par les rois de France, des évêques, le chapitre, les chanoines, mais aussi des particuliers. Si ce trésor regroupe d’abord les instruments nécessaires à la célébration du culte, les reliques et reliquaires et les vêtements sacerdotaux, s’y ajoute également à partir du XVIIIe siècle une dimension patrimoniale. De nombreux éléments ont disparu au fil des siècles et des événements tragiques qui ont secoué l’histoire de France, mais il subsiste tout de même de précieux témoignages – peintures, gravures, manuscrits, etc. – de ces objets manquants. Des rares traces du trésor gothique aux nouvelles pièces dessinées par Viollet-le-Duc au XIXe siècle, l’exposition entend revenir sur cette histoire millénaire et montrer comment les œuvres qui composent ce trésor sont intimement liées à l’histoire de la capitale et à celle des souverains français.
Le portail gothique avant l’heure
Cette enluminure représente l’arrivée à Notre-Dame de la relique de la Vraie Croix envoyée de Jérusalem par Anseau, chanoine de l’église du Saint-Sépulcre. La mise en scène est quelque peu anachronique. En effet, lors de cet événement qui s’est tenu vers 1120, le portail gothique que l’on voit sur l’image n’existait pas encore et sa construction débuta vers 1160 seulement. Il s’agit toutefois de l’une des plus anciennes représentations de la façade occidentale. Quant à la relique, seuls des fragments échappent à la destruction à la Révolution. Ils sont aujourd’hui conservés dans trois reliquaires (deux à Notre-Dame et un à Saint-Ferdinand-des-Ternes).
Le pouvoir des reliques
Saint Marcel, évêque de Paris vers 430, aurait un jour dompté un dragon venu dévorer le corps d’une chrétienne récemment inhumée, avec pour seules armes sa crosse et son étole. Ses reliques sont rapatriées d’un faubourg à Notre-Dame dans la seconde moitié du IXe siècle pour les protéger des invasions normandes. Cela permet à la cathédrale de rivaliser avec Saint-Denis, Saint-Germain-des-Prés et Sainte-Geneviève, qui abritent toutes des reliques de leur saint patron. Cela explique la présence de saint Marcel sur le trumeau du portail Saint-Anne de la façade occidentale de l’édifice.
Un rare témoignage de Rosso Fiorentino
Le bâton du chantre est le symbole du chapitre des chanoines de la cathédrale. Celui de Notre-Dame, mentionné dans les inventaires à partir du XVIIe siècle, a été fondu à la Révolution. On le connaît néanmoins grâce à un dessin attribué à Rosso. L’artiste florentin est en effet nommé chanoine de Notre-Dame en 1537, ce qui lui vaut sans doute de dessiner ce projet. Au sommet du bâton semé de fleurs de lys, dans un édicule à l’antique, se tient une Vierge à l’Enfant à la silhouette maniériste.
« Si ce trésor regroupe d’abord les instruments nécessaires à la célébration du culte, les reliques et reliquaires et les vêtements sacerdotaux, s’y ajoute également à partir du XVIIIe siècle une dimension patrimoniale. »
Réinventer le trésor de Notre-Dame
Le reliquaire de la Couronne d’épines dessiné par Viollet-le-Duc en 1862 s’inspire très clairement du reliquaire médiéval, que l’artiste connaît à travers la gravure. Il en donne toutefois une interprétation personnelle. Ainsi, la partie supérieure, ornée de fenêtres trilobées séparées par des statuettes, reprend le reliquaire de la Sainte-Chapelle. Après avoir envisagé deux anges en guise de support, il opte finalement pour trois personnages assis, liés à l’histoire de la relique : Saint Louis, qui l’a rapportée de Jérusalem en 1239, Baudouin, l’empereur de Constantinople qui la lui a vendue, et sainte Hélène, qui a découvert la relique de la Vraie Croix.
La tenture de la Vie de la Vierge
Elle est tissée à l’initiative du cardinal de Richelieu pour célébrer le vœu de Louis XIII, qui consacre le royaume de France à la Vierge. Destinée à orner le chœur de la cathédrale, elle se compose de quatorze pièces, dont les cartons sont partagés entre Philippe de Champaigne, Jacques Stella et Charles Poërson. Son exécution demande pas moins de dix-sept années de tissage. La tenture est vendue au chapitre de la cathédrale de Strasbourg en 1739.
Une bien mystérieuse bague
Cette bague aurait été trouvée à Notre-Dame dans la tombe d’un évêque. Il n’en faut pas plus pour qu’elle devienne dans l’imaginaire collectif celle de Maurice de Sully, pourtant inhumé à Saint-Victor. La faible valeur de la pierre correspond aux bagues et anneaux épiscopaux enterrés avec leur propriétaire. Si la provenance de ce bijou est exacte, on pourrait envisager qu’elle ait appartenu à Eudes de Sully, successeur de Maurice de Sully et premier évêque à avoir été inhumé dans la cathédrale.
Enrichir le trésor
En 1856, à l’occasion du baptême de son fils, Napoléon III offre à la cathédrale un vaste ensemble de vêtements liturgiques destinés aux célébrants. Il s’inscrit ainsi dans une tradition initiée par Charles X et poursuivie par Louis-Philippe. Le tissu avait été confectionné par la maison lyonnaise Grand Frères sous le règne précédent, à la demande du Mobilier de la Couronne. La chape est ornée de somptueux rinceaux d’acanthe parsemés de fleurs de grenades, tandis qu’un beau bouquet de pivoines, d’œillets, de feuillages et d’épis de blé se déploie sur le chaperon.
Les « honneurs de Charlemagne »
Deux séries d’insignes sont commandées pour le couronnement de Napoléon Ier en 1804. Les « honneurs de l’empereur » sont confiés à Martin-Guillaume Biennais, tandis que les « honneurs de Charlemagne » sont censés être des ornements royaux rescapés de la Révolution et simplement restaurés par l’orfèvre. Bien que Biennais laisse entendre le contraire, la couronne dite « de Charlemagne » est bien une création ex nihilo, inspirée par une gravure tirée des Monumens de la monarchie françoise de Montfaucon. La couronne sera ensuite déposée à Notre-Dame et non à Saint-Denis comme le voulait la tradition sous l’Ancien Régime.
« Dans son zèle à restaurer la vieille cathédrale, le vaillant architecte ne pouvait oublier qu’à une église du treizième siècle il faut un mobilier du même âge ou du moins du même style. »
L’historien de l’art Paul Mantz à propos de Viollet-le-Duc en 1868
Réinterpréter le Moyen Âge
Avec ce chrémier en forme de colombe, Viollet-le-Duc s’inscrit dans la tradition du trésor médiéval, tout en la réinterprétant. Si les colombes émaillées existent au Moyen Âge, elles ont alors une silhouette horizontale. Ici, l’artiste la représente dressée sur ses pattes, dans une posture qui rappelle celle de l’Aigle de Suger. Le décor émaillé stylisé sur fond bleu est quant à lui directement inspiré par l’œuvre de Limoges.
« Le trésor de Notre-Dame de Paris. Des origines à Viollet-le-Duc », jusqu’au 29 janvier 2024 au musée du Louvre, 75001 Paris. Tél. 01 40 20 53 17. www.louvre.fr
À lire : catalogue, coédition Hazan / musée du Louvre éditions, 336 p., 39 €.
Dossiers de l’Art n° 312, 80 p., 11 €. À commander sur www.faton.fr