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Un objet à la loupe : une rarissime maison de poupées du Siècle d’Or à voir au Rijksmuseum d’Amsterdam

Cuisine d'apparat de la maison de poupées de Petronella Oortman. Amsterdam, Rijksmuseum.

Cuisine d'apparat de la maison de poupées de Petronella Oortman. Amsterdam, Rijksmuseum. Photo Rijksmuseum, Amsterdam

Seules trois poppenhuis du XVIIe siècle sont conservées en Hollande, et celle-ci est la plus éblouissante. Visite d’un chef-d’œuvre stupéfiant de luxe et de minutie.

Quoi ?

Une maison de poupées dont les trois étages ont pour écrin un fastueux cabinet en placage d’écaille de tortue. Les quelque 800 objets – tous d’origine et en très bon état – qu’elle renferme ont été confectionnés par des ébénistes, menuisiers, céramistes, peintres, vanniers, et offrent une plongée, aussi raffinée que détaillée, dans les riches intérieurs hollandais de la fin du XVIIe siècle. Son coût total avoisinait celui d’une vraie demeure avec vue sur les canaux d’Amsterdam !

Maison de poupées de Petronella Oortman, vers 1686 - vers 1710. H. 255 ; L. 190 ; Pr. 78 cm. Amsterdam, Rijksmuseum.

Maison de poupées de Petronella Oortman, vers 1686 – vers 1710. H. 255 ; L. 190 ; Pr. 78 cm. Amsterdam, Rijksmuseum. Photo Rijksmuseum, Amsterdam

Par qui ?

Des artistes renommés ont été sollicités pour ce chantier de décoration à petite échelle. Un ébéniste français s’est chargé du cabinet en écaille de tortue enrichi d’incrustations en étain, le peintre hollandais Nicolaes Piemont a réalisé les paysages panoramiques du Salon de réception, Cornelis Dusart, deux tableaux de la chambre d’enfants, et des artisans chinois, la « dinette » en porcelaine.

Pour qui ?

Petronella Oortman (vers 1656-1716) était l’épouse d’un riche marchand de soie. Tandis que les grands bourgeois d’Amsterdam renforçaient leur prestige en se constituant des cabinets de curiosités, leurs femmes s’adonnaient elles aussi aux plaisirs de la collection, en aménageant ces maisons de poupées (qui n’avaient donc rien de jouets pour enfants). Petronella Oortman a consacré de longues années à meubler la sienne (entre 1686 et 1710), déjà célèbre de son vivant. Fière de son œuvre, elle organisait des soirées durant lesquelles elle dévoilait à ses invités chacune des pièces, comme ce petit salon jaune ouvrant sur une bibliothèque garnie de quatre-vingt-trois livres.

Bibliothèque de la maison de poupées de Petronella Oortman. Amsterdam, Rijksmuseum.

Bibliothèque de la maison de poupées de Petronella Oortman. Amsterdam, Rijksmuseum. Photo Rijksmuseum, Amsterdam

Comment ?

Tous les matériaux sont authentiques. Alors que dans d’autres poppenhuis, la vaisselle a été fabriquée en verre, puis peinte afin de donner l’illusion de la céramique, ici, chaque assiette est en véritable porcelaine chinoise. Des objets d’art en miniature ! Pas un coin de la maison n’échappe à cette recherche de préciosité : sols en marbre, meubles en bois rares ou en laque, argenterie, soieries…

Désir de vraisemblance

Cette maison constitue une mine d’informations sur la vie domestique des Hollandais du Siècle d’Or. En témoigne cette pièce écarlate, inspirée des « chambres de repos » où les mères de la haute société recevaient leur famille et faisaient admirer leur nouveau-né. Dans l’armoire, le linge en lin est abondant, éclatant de blancheur et méticuleusement plié, signe d’aisance et de bonne tenue de la maison. Chaque détail est soigné et contribue au rendu extrêmement réaliste de l’ensemble. Autre exemple : dans un tiroir du cabinet se dissimule un cellier, où sont stockés de minuscules tonneaux et divers balais, reproductions fidèles du matériel de nettoyage de l’époque. Rien n’a été négligé ! Il existait également à l’arrière un jardin agrémenté d’une fontaine (alimentée en eau), aujourd’hui disparu.

Chambre de naissance de la maison de poupées de Petronella Oortman. Amsterdam, Rijksmuseum.

Chambre de naissance de la maison de poupées de Petronella Oortman. Amsterdam, Rijksmuseum. Photo Rijksmuseum, Amsterdam

Où voir cette œuvre ?

Au Rijksmuseum d’Amsterdam, où elle est conservée.

Jusqu’au 11 janvier 2026, elle constitue l’une des pièces phares de l’exposition « Chez soi au XVIIe siècle ». Rijksmuseum, Museumstraat 1, Amsterdam.
Tél. 00 31 20 6747 000. www.rijksmuseum.nl