Des hippopotames en Allemagne : l’animal que l’on n’attendait pas

Évocation d'hippopotames à côté d'un troupeau de mammouths. © Éric Le Brun
Des hippopotames en Allemagne ! Voilà une information connue des spécialistes, mais que le grand public a du mal à admettre. Plus fort encore : ces grosses bêtes craignaient moins le froid que prévu.
Nous avons tendance à associer les animaux à leur environnement actuel. Ainsi du chamois et du bouquetin qui n’ont pas toujours été montagnards. Une représentation d’ibis, oiseau associé aux rives du Nil, est identifiée dans la grotte ornée de Church Holl, au Royaume-Uni. L’exemple suprême demeure l’être humain : un animal tropical, que nous retrouvons partout sur la planète !
Des hippopotames dans la vallée du Rhin
Même chose pour l’hippopotame, que l’on imagine inféodé aux latitudes africaines, alors que ce qui compte pour lui, c’est avant tout d’avoir beaucoup d’eau pour y batifoler. Bien sûr, des températures plus douces ne gâchent rien : c’est pour cela qu’au cours du dernier interglaciaire, l’Éémien (entre –129 000 et –115 000 ans environ), pendant le stade isotopique 5, les Néandertaliens pouvaient contempler des hippopotames dans la vallée du Rhin et jusqu’aux îles Britanniques. Il semblait logique que cet animal excessivement dangereux (tuant 300 humains par an de nos jours) ait disparu de nos régions autour de –115 000 ans, avec le début de la dernière glaciation que la Terre ait connue : le Würm (ou le Wechselien), stade isotopique 4.
Un espace de vie réduit en glace
Mais la datation au radiocarbone de vingt-huit restes fossiles d’hippopotames découverts dans le Fossé rhénan supérieur (une zone géologique au sud-ouest de l’Allemagne) a révélé qu’ils ont vécu là entre –47 000 et –31 000 ans. Les premiers Homo sapiens européens ont ainsi pu observer les derniers hippopotames européens à côté de troupeaux de mammouths ! Dommage qu’ils n’aient pas fixé cette vision dans la pierre ou dans la matière dure animale : une gravure ou une peinture aurait fait croire au préhistorien qu’il avait la berlue ! C’est lors de l’aggravation des conditions climatiques lors du dernier maximum glaciaire (stade isotopique 2), autour de –21 000 ans, quand beaucoup d’eau fut mobilisée sous forme de glace, réduisant drastiquement son espace de vie, que cet animal a disparu définitivement du continent européen.
Pour aller plus loin
ARNOLD P. et al., 2025, « Ancient DNA and dating evidence for the dispersal of hippos into central Europe during the last glacial », Current Biology, 35 (21), p. 5363-5371. Doi : 10.1016/j. cub.2025.09.035





