Tout savoir sur Michel-Ange en 7 chefs-d’œuvre décryptés

Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564), David (détail). Marbre, H. 410 cm. Florence, Galleria dell’Accademia. © SCALA, Florence – Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. GrandPalaisRmn / image Scala
La carrière de Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564), s’étendit sur trois quarts de siècle. Artiste prodigieux de la Renaissance italienne, à la fois sculpteur, peintre et architecte, il fut le contemporain et le rival de deux autres génies italiens, Raphaël et Léonard de Vinci. Par ailleurs, les nombreux et remarquables poèmes qu’il composa tout au long de sa vie lui tenaient tout autant à cœur. Le bel ouvrage que Jean-René Gaborit vient de consacrer à Michel-Ange approfondit et renouvelle la connaissance de cet artiste dont on aurait pu croire, à tort, que l’on savait tout.
Si son œuvre sculpté, réalisé à Florence et à Rome, est majoritairement conservé dans ces villes, le Louvre a la chance de détenir deux de ses chefs-d’œuvre, ses Esclaves en marbre. La majorité de ses créations traitent de thèmes religieux, comme les fresques de la Sixtine. Michel-Ange fut lui-même un authentique chrétien qui ne douta jamais de sa foi. Pourtant, les dernières années de son existence le montrent torturé par les idées neuves de la Réforme protestante, ce dont témoignent les lettres qu’il échangeait avec Vittoria Colonna, la seule femme dont il semble avoir été amoureux.
David, le héros nu
Le 16 août 1501, l’Opera del Duomo de Florence ordonna à Michel-Ange de sculpter un grand David dans un bloc de marbre laissé au rebut. David était l’emblème de la ville. En moins de trois années, la statue fut achevée et placée sur une terrasse devant le Palazzo Vecchio. Transportée en 1873 à l’Accademia afin d’y être abritée, cette œuvre, célèbre entre toutes, fut remplacée par une exacte copie en marbre. Totalement nu, le héros, plein d’énergie, est représenté dans l’action du combat.

Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564), David. Marbre, H. 410 cm. Florence, Galleria dell’Accademia. © SCALA, Florence – Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. GrandPalaisRmn / image Scala
L’ivresse de Bacchus
C’est la première sculpture en ronde bosse dont le jeune Michel-Ange, à peine arrivé dans la Ville éternelle, reçut la commande le 24 juin 1496, émanant du cardinal Raffaele Sansoni Riario. Mais sitôt achevée et peu adaptée à la demeure d’un prince d’Église, elle fut acquise par Jacopo Galli, dont un descendant la vendit en 1572 aux Médicis. Exposée aux Offices, elle fut transportée en 1871 au musée du Bargello. Le dieu du vin, entièrement nu, est montré dans un état d’ébriété avancé. Michel-Ange a remarquablement su rendre l’état d’avachissement du corps dû à un excès de boisson, tant dans la musculature du dos que dans la représentation de l’abdomen distendu. Un enfant satyre malicieux l’accompagne, pillant les raisins contenus dans un sac que Bacchus tient dans sa main gauche.

Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564), Bacchus ivre, 1496-1497. Marbre, H. 209 cm. Florence, musée national du Bargello. © akg-images / Rabatti & Domingie
Deux esclaves pour un tombeau inachevé
Conçus en 1513 pour orner la partie inférieure du tombeau de Jules II qui se dresse aujourd’hui, incomplet, dans l’église romaine San Pietro in Vincoli, ces deux captifs occupèrent Michel-Ange pas moins de trois années. Ils furent finalement écartés du projet et Michel-Ange en fit don à Roberto Strozzi, lequel les offrit au roi de France. Ils passèrent de main en main jusqu’à ce que Richelieu les reçoive dans son château poitevin. Son arrière-petit-neveu les transporta à Paris. Sauvés de la destruction par Alexandre Lenoir en 1793, ils devinrent des biens nationaux. L’Esclave mourant, accompagné d’un singe, pourrait personnifier la Peinture, et l’Esclave rebelle l’Architecture.

Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564), Esclave mourant, 1513-1515. Marbre, H. 227,7 cm. Paris, musée du Louvre. © musée du Louvre, dist. GrandPalaisRmn / Hervé Lewandowski

Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564), Esclave rebelle, 1513-1515. Marbre, H. 218 cm. Paris, musée du Louvre. © musée du Louvre, dist. GrandPalaisRmn / Hervé Lewandowski
De la sérénité à la douleur, deux pietà en antithèse
La Pietà du Vatican, exposée dans la basilique Saint-Pierre de Rome, fut entreprise par Michel-Ange âgé de vingt-trois ans. D’un ciseau virtuose, il composa une œuvre sereine, où la Vierge comme son fils mort sont des personnages jeunes. La Pietà Rondanini, quant à elle, est tragique et douloureuse ; réalisée à une date proche du décès de l’artiste, on décèle la difficulté de ce dernier à maîtriser son ciseau.

Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564), La Pietà du Vatican, 1498-1499/1500. Marbre, 174 x 193 cm. Rome, cité du Vatican, basilique Saint-Pierre. © Luisa Ricciarini / Bridgeman Images

Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564), Pietà Rondanini, vers 1553-1564. Marbre, H. 195 cm. Milan, Museo del Castello Sforzesco. © akg-images / Ghigo Roli © akg-images / Ghigo Roli
Le tombeau de Julien de Médicis à Florence
C’est à la demande du pape Léon X, fils de Laurent le Magnifique, que fut commandée à Michel-Ange la construction d’une nouvelle sacristie faisant pendant à l’ancienne de Brunelleschi. Le maître avait été prié non seulement d’en assurer l’architecture, mais aussi d’y sculpter plusieurs tombeaux de Médicis. Le pape souhaitait en particulier célébrer la mémoire de deux membres de sa famille proche, des capitaines morts dans leur jeunesse : son frère Giuliano, duc de Nemours, à l’âge de 37 ans, et Lorenzo II, son neveu, duc d’Urbin, à 26 ans. Michel-Ange conçut deux monuments symétriques, sur le mur sud. Giuliano, ou Julien, cuirassé, est prêt à saisir son bâton de commandement. L’artiste s’est abstenu de réaliser un portrait ressemblant. Au-dessous se trouve un sarcophage surmonté de volutes sur lesquelles sont allongés des corps qui évoquent la Nuit et le Jour.

Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564), Tombeau de Julien de Médicis, duc de Nemours, vers 1524-1526 (collaboration de Giovanangelo Montorsoli). Florence, San Lorenzo, Nouvelle Sacristie. © akg-images / Andrea Jemolo
L’alliance de la douceur et de l’énergie
Commandant des troupes pontificales, Julien était tenu pour un personnage très cultivé et courtois. Michel-Ange avait dû le connaître quand il fréquentait dans sa jeunesse les jardins du Magnifique ; il semble avoir eu à son égard des sentiments mêlés d’admiration et d’empathie. La cuirasse à l’antique avec des détails plus modernes, comme le masque de Gorgone sous l’encolure, épouse le buste avec souplesse, tourné sur sa gauche. Une remarquable harmonie préside à l’ensemble de la statue à laquelle le sculpteur confère une grande noblesse.

Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564), Statue de Julien de Médicis, duc de Nemours, vers 1524-1526. Marbre, H. 173 cm. Florence, église San Lorenzo, Nouvelle Sacristie. © SCALA, Florence – Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. GrandPalaisRmn / image Scala
La Nuit
Divers attributs facilitent l’identification du thème que symbolise cette femme nue, manifestement endormie, le front appuyé sur sa main droite : un croissant de lune et une étoile ornant son diadème, les pavots sur lesquels repose son pied gauche, le masque sous son flanc gauche figurant les cauchemars, la chouette émergeant sous sa jambe gauche repliée. Michel-Ange attachait une importance particulière à cette œuvre qu’il a polie avec un soin extrême.

Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564), La Nuit, 1523-1534. Marbre, L. 194 cm. Florence, église San Lorenzo, Nouvelle Sacristie. © akg-images / Erich Lessing
À lire : Jean-René Gaborit, Les sculptures de Michel-Ange. Le vrai, l’incertain et le faux, éditions Faton, 2025, 528 p., 59 €. À commander sur www.faton.fr





