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Le musée des Beaux-Arts de Rennes célèbre la jeunesse des Beaux-Arts

Louis-Marie Baader (1828-1920), Le Rappel des abeilles (détail), vers 1865. Huile sur toile, 115 x 186,6 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts.

Louis-Marie Baader (1828-1920), Le Rappel des abeilles (détail), vers 1865. Huile sur toile, 115 x 186,6 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts. Photo service de presse. © musée des Beaux-Arts de Rennes / Jean-Manuel Salingue

Après avoir exploré avec succès la vie artistique de la Belle Époque aux Années folles, le musée des Beaux-Arts de Rennes poursuit la mission patrimoniale à laquelle il s’est attaché en étudiant cette fois la naissance des premières institutions artistiques publiques à Rennes au XIXe siècle. Une occasion unique de découvrir une collection, jusqu’ici négligée, qui a fait l’objet d’une importante campagne de restauration.

Véritable plongée dans le goût et l’érudition d’une époque, l’exposition « La jeunesse des Beaux-Arts » débute en 1794 avec l’inventaire des saisies révolutionnaires demeurées à Rennes. Ce document, qui recense plusieurs centaines d’œuvres parmi lesquelles figure Le Nouveau-Né de Georges de La Tour, acte la création d’un premier socle de collection inaliénable et constitue le texte juridique fondateur du musée. Après le décret Chaptal (1801), qui lui permet d’être consacré à l’échelle nationale et de se voir doté par le Louvre des grands noms de la peinture européenne, ses collections ne cessent de s’enrichir d’œuvres contemporaines d’artistes locaux, mais également parisiens, par le biais d’envois de l’État, de dons et de plus rares acquisitions.

Charles Meynier (1768-1832), Alexandre Le Grand cédant Campaspe à Apelle, 1822. Huile sur toile, 24,5 x 32,2 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts.

Charles Meynier (1768-1832), Alexandre Le Grand cédant Campaspe à Apelle, 1822. Huile sur toile, 24,5 x 32,2 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts. Photo service de presse. © musée des Beaux-Arts de Rennes / Jean-Manuel Salingue

La question du stockage

Toutefois, la réception de ces œuvres parfois monumentales pose rapidement un problème de stockage. On découvre alors que l’institution a connu de nombreuses pérégrinations à travers la ville avant de s’installer définitivement en 1855 dans le palais universitaire qu’elle occupe encore aujourd’hui.

Édouard Charles Hulton, Vue des salles de peinture du musée de Rennes vers 1900. Huile sur toile, 81 x 59 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts.

Édouard Charles Hulton, Vue des salles de peinture du musée de Rennes vers 1900. Huile sur toile, 81 x 59 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts. Photo service de presse. © musée des Beaux-Arts de Rennes / Jean-Manuel Salingue

Un lieu d’instruction

Lieu de contemplation et d’émulation, le musée de Rennes est avant tout un espace d’instruction pour les artistes et les amateurs, qui sont encouragés à venir y étudier. Une vocation pédagogique qui se voit rapidement complétée par la création d’une école publique de peinture, sculpture et dessin. Créée en 1811 à l’initiative d’une société d’artistes et d’amateurs rennais, l’école constitue, tout comme le musée, l’un des principaux axes de lecture de l’exposition.

Vital Mussard (1818-1888), Portrait d’adolescent dessinant un paysage, vers 1860 (?). Huile sur toile, 110,5 x 89 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts.

Vital Mussard (1818-1888), Portrait d’adolescent dessinant un paysage, vers 1860 (?). Huile sur toile, 110,5 x 89 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts. Photo service de presse. © musée des Beaux-Arts de Rennes / Jean-Manuel Salingue

Arts libéraux et mécaniques

Fondé sur un modèle populaire, son enseignement est tourné aussi bien vers les arts libéraux que les arts mécaniques. Cette stratégie va permettre de fournir à la ville plusieurs générations d’artisans qualifiés, aptes à contribuer aux multiples chantiers architecturaux et décoratifs qui accompagnent alors la lente transformation urbaine de la cité, mais également de nombreux artistes dont on peut suivre les réalisations au fil de l’exposition.

Alfred Guesdon (1808-1876), Rennes vue au-dessus de l’arsenal, vers 1850. Lithographie extraite de la série Voyage aérien en France, 30 x 52 cm. Rennes, musée de Bretagne.

Alfred Guesdon (1808-1876), Rennes vue au-dessus de l’arsenal, vers 1850. Lithographie extraite de la série Voyage aérien en France, 30 x 52 cm. Rennes, musée de Bretagne. Photo service de presse. © Musée de Bretagne

Des Rennais à Paris

Parmi eux, une poignée tente l’aventure parisienne en rejoignant des ateliers privés ou en s’inscrivant à l’École des beaux-arts de Paris. C’est le cas notamment de François Lanno, premier artiste rennais à obtenir le prestigieux Prix de Rome en 1827 avec un plâtre figurant Mucius Scævola devant Porsenna. L’activité de ces artistes est encore visible aujourd’hui dans certains lieux de la capitale, à l’image du groupe sculpté de Julien Gourdel, L’Éducation de la Vierge (Paris, église Saint-Sulpice).

Narcisse Chaillou (1835-1916), Portrait de ma nourrice, vers 1882. Huile sur toile, 70,2 x 54 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts.

Narcisse Chaillou (1835-1916), Portrait de ma nourrice, vers 1882. Huile sur toile, 70,2 x 54 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts. Photo service de presse. © musée des Beaux-Arts de Rennes / Jean-Manuel Salingue

Un Parisien à Rennes

À l’inverse, certaines personnalités incontournables de la scène parisienne ont parfois laissé leur empreinte à Rennes et dans ses environs. Ainsi, le peintre Eugène Devéria, par l’entremise de son élève Charles Doussault, réalisa cinq tableaux monumentaux pour l’église Saint-Léonard de Fougères, puis tenta en vain d’obtenir la commande de dix sculptures pour la façade du Théâtre de Rennes.

Ferdinand Birotheau (1819-1892), Le Secret de la marguerite : il m’aime, vers 1850. Huile sur toile, 81,5 x 65,5 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts.

Ferdinand Birotheau (1819-1892), Le Secret de la marguerite : il m’aime, vers 1850. Huile sur toile, 81,5 x 65,5 cm. Rennes, musée des Beaux-Arts. Photo service de presse. © musée des Beaux-Arts de Rennes / Jean-Manuel Salingue

Un chef-d’œuvre perdu de Cabanel

L’exposition permet également de présenter, pour la première fois, un tableau longtemps considéré comme perdu, le Portrait de Marie Augustine Jamet (1885), chef-d’œuvre d’Alexandre Cabanel. À l’issue du parcours, il apparaît clairement que la ville de Rennes offre un cas exemplaire pour analyser les enjeux et les défis qui ont rythmé la refonte du système institutionnel des Beaux-Arts en France après la Révolution.

Alexandre Cabanel (1823-1889), Portrait de Marie Augustine Jamet, supérieure de la congrégation des Petites Sœurs des Pauvres, de 1843 à 1893, 1885. Huile sur toile, 193 x 140 cm. Saint-Pern, congrégation des Petites Sœurs des Pauvres.

Alexandre Cabanel (1823-1889), Portrait de Marie Augustine Jamet, supérieure de la congrégation des Petites Sœurs des Pauvres, de 1843 à 1893, 1885. Huile sur toile, 193 x 140 cm. Saint-Pern, congrégation des Petites Sœurs des Pauvres. Photo service de presse. © Rennes, musée des Beaux-Arts, Jean-Manuel Salingue

« La jeunesse des Beaux-Arts. Rennes et ses artistes, 1794-1881 » (sous le commissariat de Guillaume Kazerouni), jusqu’au 29 mars 2026, Musée des Beaux-Arts, 20 quai Émile Zola, 35000 Rennes. Tél. 02 23 62 17 45. mba.rennes.fr

Catalogue, éditions Sans Égal, 376 p., 39 €.