Le Kunstmuseum de Bâle hanté par les spectres

Benjamin West (1738-1820), Saul et la sorcière d’Endor (détail), 1777. Huile sur toile, 50,5 x 65,1 cm. Hartford, Wadsworth Atheneum Museum of Art. Bequest of Clara Hinton Gould. Photo service de presse. © Wadsworth Atheneum Museum of Art
Si le XIXe siècle a sonné l’âge d’or du rationalisme et du progrès scientifique, il a aussi été marqué par l’apogée du spiritisme. Aujourd’hui encore, fantômes et esprits continuent à hanter la littérature, le cinéma, l’art et notre inconscient collectif. Le Kunstmuseum de Bâle leur consacre une grande exposition, riche en émotions.
En 160 œuvres et objets réalisés entre la fin du Siècle des Lumières et nos jours, fantômes et esprits nous entraînent à la lisière de la raison, jusqu’au royaume de l’inexplicable, de la mort ou au seuil de notre psyché. Nous voici également à la frontière du visible, comme le rappellent dès l’entrée une lumière vacillante de Philippe Parreno, qui suffit à suggérer le paranormal, ou bien, dans l’ultime salle du parcours, les inquiétants courants d’air de l’installation de Ryan Gander, Looking for something that has already found you…

Tony Oursler (né en 1957), Fantasmino, 2017. Résine acrylique sur toile et matériel numérique avec image animée, 46,99 x 21,59 x 17,78 cm. Collection de Tony Oursler. Photo service de presse. © Courtesy of Tony Oursler / Photo : Andrea Guermani
Des fantômes littéraires
Au début de l’exposition, un florilège de peintures et de gravures de Benjamin West, William Blake ou Eugène Delacroix souligne l’intérêt des artistes pour les apparitions spectrales, relatées dans la Bible, les drames shakespeariens ou les ouvrages contemporains. Odilon Redon réalise ainsi d’énigmatiques lithographies pour illustrer le roman La Maison hantée d’Edward Bulwer-Lytton, traduit en français en 1896.

Robert Thew (1758-1802), d'après Johann Heinrich Füssli (1741-1825), William Shakespeare, Hamlet, Prince du Danemark, Act I, Scène IV, 1796. Gravure sur papier vélin, 53,2 x 70,2 cm. Bâle, Kunstmuseum Basel, Kupferstichkabinett. Photo service de presse. Photo Jonas Hänggi
La vogue de la photographie spirite
Dès le mitan du XIXe siècle, toutefois, c’est surtout la photographie qui accompagne le fulgurant essor du spiritisme. Il s’agit de capturer l’image des esprits et des mystérieux ectoplasmes, substances censées émaner des médiums en transe. Sont ainsi réunis des dizaines de clichés réalisés par des photographes spirites comme l’Étatsunien William H. Mumler, pionnier dans ce domaine.

Édouard Isidore Buguet (1840-1890 ?), Femme avec l'esprit de son mari, vers 1873-1875. Tirage albuminé, 10,5 x 6,3 cm. Londres, Collection of The College of Psychic Studies. Photo service de presse. Photo The College of Psychic Studies, London
Goût pour l’occulte et artistes-médiums
Non loin, James Tissot consigne par le pinceau l’apparition de sa défunte compagne, Kathleen Newton, qui lui serait apparue durant une séance… Cette envie de communiquer avec l’au-delà ne cesse de croître au tournant du XXe siècle, bien au contraire : alors que l’électricité, la radio et le téléphone se diffusent, des artistes-médiums comme la Britannique Madge Gill et le mineur du Pas-de-Calais Augustin Lesage créent avec frénésie des œuvres hypnotiques, sous la dictée d’esprits et de voix intérieures.

Marie Bouttier (1839-1921), Sans titre, 1899. Graphite sur papier, 24,7 x 32 cm. Lausanne, Collection de l’Art Brut. Photo service de presse. Photo Amélie Blanc, Atelier de numérisation – Ville de Lausanne
Des surréalistes aux approches contemporaines
Au cœur du parcours, l’exposition met en lumière le changement de paradigme opéré à la lumière des travaux que Freud et Jung consacrent à la psyché et à l’inconscient. L’exploration des rêves, des désirs et des peurs intimes inspire ainsi les surréalistes comme Max Ernst et Meret Oppenheim. Marchant sur leurs traces, les artistes contemporains – à l’honneur dans les dernières salles – convoquent fantômes et esprits avec une liberté inédite, ne s’interdisant pas un regard rétrospectif afin de susciter une large palette d’émotions.

Susan MacWilliam (née en 1969), Where are the dead?, 2013. Néon blanc, 12 x 137 cm. Washington, Connersmith. Photo service de presse. Photo © Susan MacWilliam, courtesy, Connersmith
De l’humour à la peur et à la mélancolie
Les figures évanescentes peintes par Paul Benney, la Chaise pour fantôme d’Urs Fischer, les photographies de Maisons hantées de Corinne May Botz peuvent se jouer de nos peurs les plus profondes, évoquer des traumatismes enfouis, ou encore se teinter d’espièglerie. En quelques coups de pinceau, Angela Deane transforme quant à elle les dizaines d’anonymes qui peuplent de vieilles photographies de famille en attachants petits fantômes ; mais l’humour vire à la mélancolie lorsque l’on réalise que ces clichés anodins sont en fait de troublants memento mori…

Angela Deane (née en 1977), All of us, 2025. Photographie repeinte, 8,9 x 8,9 cm. The Artist. Photo service de presse. Photo The Artist
« Fantômes. Sur les traces du surnaturel », jusqu’au 8 mars 2026 au Kunstmuseum, 8 St. Alban-Graben, CH-4010 Bâle. Tél. 00 41 61 206 62 62. kunstmuseumbasel.ch





