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Les vibrations lyriques de Vieira da Silva au Guggenheim Bilbao

Maria Helena Vieira da Silva​​​​​​​ (1908-1992), Fête vénitienne, 1949. Huile sur toile, 65 x 100 cm. France, collection particulière.

Maria Helena Vieira da Silva​​​​​​​ (1908-1992), Fête vénitienne, 1949. Huile sur toile, 65 x 100 cm. France, collection particulière. Photo service de presse. © courtesy galerie Jeanne Bucher Jaeger, Paris-Lisbonne. © Maria Helena Vieira da Silva / Adagp, Paris, 2025

Après Venise, c’est au tour du musée Guggenheim Bilbao d’accueillir l’importante rétrospective de l’œuvre de Maria Helena Vieira da Silva. Vibrantes et poétiques, quelque soixante-dix œuvres datant du début des années 1930 à la fin des années 1980 témoignent de sa conception très personnelle de l’espace, à la frontière entre figuration et abstraction.

« J’ai grandi dans un environnement qui me préparait à l’art », affirmait Maria Helena Vieira da Silva (1908-1992), figure incontournable de l’abstraction lyrique. Née à Lisbonne dans un milieu aisé et orpheline de père à 2 ans, elle passe une enfance choyée mais solitaire ; sa famille l’encourage à devenir artiste. Après des études aux Beaux-Arts de Lisbonne, Maria Helena part pour Paris, en 1928, afin de poursuivre sa formation à l’académie de la Grande Chaumière.

Trouver sa voie

Elle entre dans l’atelier de Bourdelle où elle étudie la sculpture avant de se tourner vers la peinture, un apprentissage qui joua certainement un rôle déterminant dans sa vision picturale de l’espace.

Elle découvre l’effervescence de l’avant-garde, regarde les œuvres de Picasso, Matisse, Bonnard et tout particulièrement la série des Joueurs de cartes de Cézanne, s’initie à l’impressionnisme, au futurisme et au cubisme, mais trace sa propre voie, à l’écart de tout courant existant.

Un couple d’artistes

Dans la capitale, Maria Helena s’éprend du peintre hongrois Árpád Szenes, avec lequel elle va former l’un des couples d’artistes les plus emblématiques du XXe siècle, jusqu’à la mort de ce dernier en 1985. L’exposition débute par une réunion de portraits croisés où chacun prend l’autre pour modèle. Lorsqu’Árpád observe sa femme en train de peindre, il la saisit en parfaite communion avec la peinture ; fait rare, sa renommée dépassera largement celle de son mari.

L’importance de l’atelier

À la fois lieu de travail et objet de peinture, l’atelier occupe une place centrale chez Vieira da Silva, qui en capture les grandes lignes architecturales dans des toiles comme Atelier Lisbonne (1934-1935) et Composition (1936).

Fuir la guerre

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Árpád Szenes étant d’origine juive, le couple fuit la France et le nazisme ; il se réfugie d’abord au Portugal puis part pour le Brésil. Au cours de ces années sombres passées à Rio, Vieira da Silva réalise une série de toiles poignantes, évoquant la tragédie qui se déroule en Europe ; elles occupent une place à part dans son œuvre. En 1947, le retour à Paris donne lieu à des peintures lumineuses comme La Ville nocturne (1950) ou Paris, la nuit (1951). Le motif de la ville, réelle ou imaginée, tentaculaire, où grouille la foule, devient un véritable leitmotiv.

Un language singulier

La dernière section – peut-être la plus spectaculaire – réunit une série de toiles de diverses époques, telles L’Équité (1966), Les Barricades (1968), Le Silence (1984-1988) ; elles illustrent les recherches de l’artiste autour des variations infinies du blanc.

Ses multiples expériences sur la perspective, son analyse fine de l’espace, sa fragmentation des différents plans, construisent le langage pictural de Vieira da Silva. Il se distingue par l’utilisation de mosaïques de petits carrés colorés ou de losanges, évoquant les azulejos de son pays natal ; ils donnent l’illusion que l’espace s’éloigne comme si « un tableau [n’était] jamais terminé », selon les propres mots de l’artiste.

« Maria Helena Vieira da Silva. Anatomie de l’espace », jusqu’au 22 février 2026 au musée Guggenheim Bilbao, Abandoibarra Etorbidea, 2, 48009 Bilbao, Bizkaia. Tél. 00 34 944 359 008. www.guggenheim-bilbao.eus

Catalogue, Marsilio Arte, versions espagnole et anglaise, 176 p., 40 €.