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Adjugé ! Rubens, Guido Reni et Jean-François de Troy ont enflammé la fin de l’année

Jean-François de Troy (1679-1752), Portrait de Marie-Anne Gaillard de la Bouexière de Gagny, de son père, de son mari Jean-Hyacinthe Hocquart, seigneur de Montfermeil, et de leur fils Jean-Hyacinthe-Emmanuel Hocquart, futur marquis de Montfermeil (détail), 1736. Huile sur toile, 130,5 x 98,5 cm. Vente Paris, Artcurial, 25 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 1/2 M€. Adjugé : 4 067 600 € (frais inclus).

Jean-François de Troy (1679-1752), Portrait de Marie-Anne Gaillard de la Bouexière de Gagny, de son père, de son mari Jean-Hyacinthe Hocquart, seigneur de Montfermeil, et de leur fils Jean-Hyacinthe-Emmanuel Hocquart, futur marquis de Montfermeil (détail), 1736. Huile sur toile, 130,5 x 98,5 cm. Vente Paris, Artcurial, 25 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 1/2 M€. Adjugé : 4 067 600 € (frais inclus). Photo service de presse. © Artcurial

Au crépuscule de 2025, d’importants records ont été atteints à Paris. Il s’agissait pour quelques-uns de redécouvertes qui ont attiré les enchérisseurs du monde entier.

Redécouverte d’un Rubens

Issu des collections du peintre William Bouguereau, ce tableau connu seulement par une copie et une gravure est une redécouverte majeure. L’œuvre sera incluse dans le Corpus Rubenianum sous la direction du professeur Nils Büttner. Rubens réalisa au moins six versions du supplice du Christ. Ici le fond noir ne peut qu’évoquer l’Évangile de saint Luc : « le soleil s’obscurcit et le voile du temple se déchira par le milieu ». Cette iconographie chère à l’artiste – il peignit de nombreuses Crucifixions – illustre la Contre-Réforme anversoise. La palette est restreinte afin de valoriser le drame qui se joue dans une atmosphère pathétique. La ville de Jérusalem est éclairée par un faible rayon de soleil, dont l’éclipse est montrée en haut à gauche. L’œuvre fut vraisemblablement réalisée dans les années 1620-1625, époque de plein épanouissement du style de Rubens, sans doute le premier peintre classique hors d’Italie.

Pierre Paul Rubens (1577-1640), Christ en croix, vers 1620-1625. Panneau de chêne, 105,5 x 73,5 cm. Vente Versailles, Osenat, 30 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 1/2 M€. Adjugé : 2 940 799 € (frais inclus).

Pierre Paul Rubens (1577-1640), Christ en croix, vers 1620-1625. Panneau de chêne, 105,5 x 73,5 cm. Vente Versailles, Osenat, 30 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 1/2 M€. Adjugé : 2 940 799 € (frais inclus). Photo service de presse. © Osenat

Guido Reni pulvérise les records

Redécouvert après 200 ans d’oubli, ce superbe tableau était connu et très bien documenté jusqu’au XVIIIe siècle. Acheté directement à l’artiste par le duc de Modène puis propriété de François Ier d’Este, il resta dans l’ombre avant de rejoindre les collections de Pierre Antoine Dupont de l’Étang. Il existe d’autres versions de cette œuvre, dont celle du Louvre qui révèle quelques différences, ainsi que des copies. La touche magistrale de Guido Reni témoigne d’une grande transparence et d’une délicatesse certaine ; sans oublier Caravage, l’artiste fut très proche des Carrache. On remarquera la « nonchalance » de l’attitude de David, l’un des héros de la Contre-Réforme, qui semble présenter une iconographie tout à fait novatrice pour l’époque. Le tableau rencontra un grand succès et inspira d’autres œuvres contemporaines, à commencer par le graveur Charles-Nicolas Cochin qui le trouva fort beau, tout comme les enchérisseurs d’aujourd’hui, qui n’ont pas hésité à monter bien au-delà des estimations.

Guido Reni (1575-1642), David et Goliath. Huile sur toile, 227 x 145,5 cm. Vente Paris, Artcurial, 25 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 2/4 M€. Adjugé : 12 386 600 € (frais inclus).

Guido Reni (1575-1642), David et Goliath. Huile sur toile, 227 x 145,5 cm. Vente Paris, Artcurial, 25 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 2/4 M€. Adjugé : 12 386 600 € (frais inclus). Photo service de presse. © Artcurial

Jean-François de Troy au sommet

Devant cette œuvre dont les personnages sont situés dans un cadre raffiné, on ne peut que penser au fameux Déjeuner d’huîtres du même artiste, conservé au musée Condé de Chantilly. Le sujet en est une jeune femme à sa toilette, portant une robe à la française à plis Watteau, dont les motifs sont en relief. Elle est entourée de sa famille, des fermiers généraux. La toile s’inscrit pleinement dans la peinture parisienne du siècle de Louis XV et témoigne également du goût de l’époque en matière d’arts décoratifs : table de toilette avec une psyché, boîte d’aiguilles, boîte à racines, bras de lumière et mobilier. Le père de la jeune femme tient une boîte à priser. Jean-François de Troy était en 1736 à l’apogée de sa carrière, il fut nommé deux ans plus tard directeur de l’Académie de France à Rome. À l’aune des qualités indéniables de ce tableau inédit, l’adjudication ne pouvait qu’atteindre ce prix conséquent.

Jean-François de Troy (1679-1752), Portrait de Marie-Anne Gaillard de la Bouexière de Gagny, de son père, de son mari Jean-Hyacinthe Hocquart, seigneur de Montfermeil, et de leur fils Jean-Hyacinthe-Emmanuel Hocquart, futur marquis de Montfermeil, 1736. Huile sur toile, 130,5 x 98,5 cm. Vente Paris, Artcurial, 25 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 1/2 M€. Adjugé : 4 067 600 € (frais inclus).

Jean-François de Troy (1679-1752), Portrait de Marie-Anne Gaillard de la Bouexière de Gagny, de son père, de son mari Jean-Hyacinthe Hocquart, seigneur de Montfermeil, et de leur fils Jean-Hyacinthe-Emmanuel Hocquart, futur marquis de Montfermeil, 1736. Huile sur toile, 130,5 x 98,5 cm. Vente Paris, Artcurial, 25 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 1/2 M€. Adjugé : 4 067 600 € (frais inclus). Photo service de presse. © Artcurial

Adèle Tornézy ou l’élégance à l’antique

Adèle Tornézy fait partie des jeunes femmes peintres qui aujourd’hui sont enfin reconnues. Après son apprentissage chez Guillaume Guillon-Lethière puis Jean-Baptiste Regnault, elle ouvrit un atelier et exposa plusieurs fois au Salon (1795, 1798, 1806 et 1833), avec notamment des portraits. Cette période troublée fut bénéfique pour les femmes artistes. En 1810, elle s’installa à Londres et exposa à la Royal Academy. Le retour à l’antique fut un sujet de prédilection pour elle, tant pour les toilettes que pour le mobilier. Rares sont les tableaux de cette artiste qui sont parvenus jusqu’à nous. Elle présenta sans doute celui-ci au Salon de 1795. S’agit-il d’un autoportrait ? Les avis divergent devant cette jolie jeune femme à l’attitude décontractée.

Anne Henriette Adélaïde, dite Adèle Tornézy, épouse Varillat (1769-1861), Portrait de femme, dit Autoportrait de l’artiste à l’âge de vingt-six ans. Huile sur toile, 151 x 111,5 cm. Vente Paris, Artcurial, 25 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 100 000/150 000 €. Adjugé : 582 560 € (frais inclus).

Anne Henriette Adélaïde, dite Adèle Tornézy, épouse Varillat (1769-1861), Portrait de femme, dit Autoportrait de l’artiste à l’âge de vingt-six ans. Huile sur toile, 151 x 111,5 cm. Vente Paris, Artcurial, 25 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 100 000/150 000 €. Adjugé : 582 560 € (frais inclus). Photo service de presse. © Artcurial

Une typique scène de billard sous l’Empire

Exposé au Salon de 1808, ce tableau remporta un certain succès, considéré comme « très joli et d’un effet piquant ». La scène se déroule dans une salle de billard, distraction très appréciée sous l’Empire, notamment à Paris où de nombreux établissements étaient ouverts jour et nuit, attirant ainsi les habitués. Le modello de cette œuvre est conservé au Metropolitan Museum of Art de New York. Une étiquette au revers décrit les trois personnages du premier plan comme étant Jacques-Louis David, Anne-Louis Girodet et Antoine-Jean Gros, mais cela reste à prouver… Nicolas Taunay étudia la peinture chez Nicolas Bernard Lépicié, puis auprès de Nicolas Guy Brenet. Il fut pensionnaire à Rome avant de se rendre au Brésil. Une fois rentré en France, il peignit des paysages animés et des sujets anecdotiques, avec une touche grasse et des coloris choisis avec talent.

Nicolas Taunay (1755-1830), La partie de billard. Huile sur bois, 52,5 x 71 cm. Vente Paris Drouot, Delon-Hoebanx, 26 novembre 2025. Estimé : 120 000/150 000 €. Adjugé : 143 000 € (frais inclus).

Nicolas Taunay (1755-1830), La partie de billard. Huile sur bois, 52,5 x 71 cm. Vente Paris Drouot, Delon-Hoebanx, 26 novembre 2025. Estimé : 120 000/150 000 €. Adjugé : 143 000 € (frais inclus). Photo service de presse. © Drouot

Pêcheurs sur le rivage

Cette scène en très bon état s’inscrit parmi les pièces maîtresses de l’artiste qui traita diverses variantes de ce sujet à maintes reprises tout au long de sa vie. Au premier plan figure un groupe de personnages : un pêcheur avec sa canne qu’un autre s’apprête sans doute à rejoindre, deux jeunes femmes à leurs côtés. Peu d’éléments biographiques existent concernant ce peintre, on sait seulement qu’il fut proche de Charles Joseph Vernet à Rome dans les années 1750. Vers 1776, il revint à Paris où il obtint un grand succès avec ses marines baignées de lumière méridionales, souvenir de son séjour à Marseille.

Charles-François Grenier de Lacroix, dit Lacroix de Marseille (1700 – après 1784), Pêcheurs dans une crique, 1768. Huile sur toile, 58,5 x 82,5 cm. Vente Paris Drouot, Ader, 25 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 25 000/30 000 €. Adjugé : 221 000 € (frais inclus).

Charles-François Grenier de Lacroix, dit Lacroix de Marseille (1700 – après 1784), Pêcheurs dans une crique, 1768. Huile sur toile, 58,5 x 82,5 cm. Vente Paris Drouot, Ader, 25 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 25 000/30 000 €. Adjugé : 221 000 € (frais inclus). Photo service de presse. © Drouot