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Le livre de Noël : du demi-monde au grand monde, l’hôtel de la Païva

Couverture de l'ouvrage de Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de Païva (détail).

Couverture de l'ouvrage de Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de Païva (détail). © Tallandier

Qui ne connaît, au moins de nom, la marquise de Païva, l’une des plus célèbres courtisanes parisiennes des années 1850 ? Son hôtel particulier de l’avenue des Champs-Élysées, construit à partir de 1856 par l’architecte Pierre Manguin, a fait l’objet en 2015 d’études circonstanciées grâce aux quelque 300 prises de vue sur plaques de verre du XIXe siècle, qui en restituent le luxe inouï et tapageur.

La majeure partie de ce décor (que l’on peut parcourir virtuellement sur le site internet du musée des Arts décoratifs de Paris) a aujourd’hui disparu. L’hôtel de la Païva a cependant été sauvé de la destruction par The Travellers Club, qui le loua dès le début du XXe siècle, pour l’acquérir en 1922 et en occuper définitivement les lieux. Du demi-monde au grand monde, l’hôtel a ainsi abrité les secrets de personnalités légendaires, dont ce livre dévoile les arcanes.

Double page de l'ouvrage de Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de Païva.

Double page de l’ouvrage de Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de Païva. © Tallandier

Des archives inédites

Grâce aux archives privées (et inédites) du club, assorties de plans et de photographies conservées dans diverses institutions publiques, l’auteur ressuscite les débuts du Travellers. Fondé à la fin du XIXe siècle par la fine fleur de l’aristocratie anglaise pour mieux profiter de leurs fréquents séjours à Paris, The Travellers devint très rapidement un lieu ouvert à toute une société cosmopolite de voyageurs autrichiens, allemands, italiens, américains ; puis très rapidement à la noblesse française.

Double page de l'ouvrage de Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de Païva.

Double page de l’ouvrage de Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de Païva.

Des réseaux masculins de sociabilités

Au départ il s’agissait d’une compagnie un peu informelle, fondée sur des réseaux masculins de sociabilités amicales, politiques, familiales ou sportives : les travellers étaient en effet souvent des Yachtmen accomplis, des joueurs de tennis émérites ; ils possédaient des chevaux de course et s’enthousiasmèrent pour les premiers rallyes automobiles. En 1903, The Travellers devint un club organisé dans les règles de l’art et n’eut plus rien à envier à ses homologues britanniques : personnel de maison choisi, bilingue en anglais et en français, table raffinée (on y servait la fameuse salade demi-deuil des années 1910, relevée de truffe noire), cave de grands crus, cercle de jeu, bibliothèque…

Double page de l'ouvrage de Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de Païva.

Double page de l’ouvrage de Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de Païva. © Tallandier

Faire revivre une époque

Grâce aux illustrations, on imagine sans peine les dîners et les joutes verbales dans les pièces de l’ancien hôtel de la Païva. Les photographies et les tableaux qui donnent à voir les lieux ont un parfum de nostalgie proustienne, tout en réservant quelques surprises. Si l’on n’est pas déconcerté de retrouver dans la liste des membres des pachas, des grands-ducs russes et des lords de tous poils, la présence de l’écrivain – réputé asocial et ascétique – André Suarès est plus inattendue.

Double page de l'ouvrage de Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de Païva.

Double page de l’ouvrage de Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de Païva. © Tallandier

Le tournant des années 1940

Les deux guerres mondiales ralentirent certainement la marche du club, mais la fin des années 1940 marque apparemment un tournant, avec l’élection de nombreux américains à des postes stratégiques, membres de la CIA ; ou bien d’Anglais, qui avaient fait leurs armes dans les célèbres services secrets de sa majesté : le MI6. De Proust et du monde du loisir aristocratique, on passait ainsi à l’univers de la Guerre froide et de James Bond !

Double page de l'ouvrage de Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de Païva.

Double page de l’ouvrage de Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de Païva. © Tallandier

Un voyage dans le Paris secret

Les années récentes ne sont pas passées sous silence et les photographies assez fascinantes de David Bordes donnent un aperçu de la vie au quotidien dans l’ancien hôtel de la Païva, restauré de frais, qui abrite depuis un peu plus de 120 ans les membres du Travellers. Ce livre invite ainsi à un voyage intime et jubilatoire dans le Paris secret des cercles réservés. On connaissait l’Interallié, le Saint-James, le Jockey… voici pour les fêtes de fin d’année l’histoire du très discret Travellers Club !

Dominique de Lastours, The Travellers Paris. L’hôtel de PaïvaTallandier, 2025, 240 p., 75 €.