Les trésors d’une épave phénicienne au musée Arqva en Espagne

Poids. Bronze ou plomb recouvert de bronze. H. 2,2 à 7,5 cm, poids de 96 g à 2,6 kg. © Archivo Museo Arqva, Carthagène. Photo Jesús M. Gómez Carrasco
C’est l’histoire d’un navire phénicien parti de la côte andalouse à la fin du VIIe siècle avant notre ère, que des hauts-fonds, non loin de Carthagène, ont fait couler sur sa route vers une colonie phénicienne plus au nord. Et de sa fouille par une équipe codirigée par Juan Pinedo du musée Arqva, entre 2007 et 2011. En a émergé une extraordinaire cargaison, d’une grande diversité, qui montre toute l’importance du commerce phénicien dans la péninsule Ibérique et la Méditerranée occidentale à cette époque.
Amphore
Parmi les nombreuses céramiques découvertes dans l’épave (amphores de diverses régions de Méditerranée, assiettes, jattes, lampes à huile, urnes, jarres) se trouvait cette amphore dite de type phénico-occidental. En effet, elle était utilisée pour le transport de vins, d’huiles ou de salaisons de poisson ou de viande, vers la façade atlantique nord-africaine et portugaise, ainsi que vers la Méditerranée centrale. Elle a probablement été fabriquée dans un atelier de la côte de Malaga. Il s’agit du premier type d’amphores commerciales conçu dans les centres de production phéniciens en extrême Occident, de la fin du VIIIe siècle au début du VIe siècle avant notre ère.

Céramique, H. 65 cm, diam. 36 cm. © Archivo Museo Arqva, Carthagène. Photo Jesús M. Gómez Carrasco
Poids
La cargaison ne comptait pas moins de 70 poids, ce qui en fait l’un des plus grands ensembles retrouvés en Méditerranée occidentale. Au moins cinq jeux différents ont été identifiés, correspondant à des systèmes métrologiques distincts. On peut supposer qu’ils étaient utilisés par les marins pour vendre leurs marchandises, et donc que le bateau ne faisait pas un trajet direct d’un port à un autre, mais plutôt du cabotage.

Bronze ou plomb recouvert de bronze. H. 2,2 à 7,5 cm, poids de 96 g à 2,6 kg. © Archivo Museo Arqva, Carthagène. Photo Jesús M. Gómez Carrasco
Défense d’éléphant
Si treize défenses sortent des eaux de l’épave dans les années 1970, une cinquantaine de plus (défenses complètes et fragments) est mise au jour lors de la reprise des fouilles en 2007-2011, soit un ensemble unique en son genre. Comme plusieurs autres pièces, celle-ci porte une inscription en caractères phéniciens avec un nom masculin (Bodashtart) et une formule de salutation (bd), probablement en rapport avec le commerce de ces objets.

Ivoire, 78 cm, 5 kg. © Archivo Museo Arqva, Carthagène. Photo Bruce M. White
Offrande votive en forme de cheval-bateau
Ce magnifique objet aux finitions soignées offre une partie avant façonnée en forme de tête de cheval, avec yeux, bouche et oreilles bien visibles, et une partie arrière en queue de poisson. Le bord supérieur ainsi que le « poitrail » du cheval sont gravés d’une série de cercles. Six autres plus gros, situés de chaque côté des flancs, marquent sans doute l’emplacement des rames ; probablement en matériau périssable, comme le mât et la voile, elles n’ont, de ce fait, pas été conservées. Cette offrande représente peut être un hippos, petit navire phénicien utilisé pour le commerce fluvial ou le cabotage. D’autres bateaux votifs de ce type sont connus autour de la Méditerranée, mais c’est le seul exemple en os.

Mandibule d’équidé, L. 31,5 cm, H. 15 cm. Provenance inconnue. © Archivo Museo Arqva, Carthagène. Photo Jesús M. Gómez Carrasco
Encensoir
À côté de la cargaison de matières brutes transportée par le navire de Bajo de la Campana, on compte quelques objets manufacturés : plusieurs manches de couteau en ivoire, des peignes en bois décorés, un lit en bronze, des œufs d’autruche décorés et deux encensoirs en bronze, dont celui-ci. Marquant la présence phénicienne, plus de 120 pièces de ce type sont recensées à travers toute la Méditerranée et surtout à Chypre. Les deux mis au jour dans l’épave ont probablement été fabriquées dans la péninsule Ibérique et étaient généralement utilisées lors de rituels religieux.

Bronze, 19 cm. © Archivo Museo Arqva, Carthagène. Photo Jesús M. Gómez Carrasco
Pignons de pin
Une grande quantité de pignons de pin, parfois dans des corbeilles, a été trouvée lors des fouilles de l’épave. Ils étaient sans doute destinés à l’alimentation des marins pendant le voyage. Des restes d’amandes et des noyaux d’olives ont également été mis au jour, ainsi que d’autres éléments de la vie à bord, comme des aiguilles, des hameçons, ainsi qu’un possible autel peut-être utilisé lors de cérémonies.

161 g. © Archivo Museo Arqva, Carthagène. Photo Jesús M. Gómez Carrasco
Collier
Issu d’une nécropole punique, culture héritière de la civilisation phénicienne (1200-300 avant notre ère), ce collier témoigne du type de bijoux qui pouvaient être fabriqués en ambre dès la période phénicienne. L’épave du Bajo de la Campana comportait d’ailleurs des fragments bruts d’ambre de la Baltique, destinés à des ateliers d’artisans spécialisés.

Ambre et cornaline, 52 perles de 0,5 à 1,2 cm de diamètre. Nécropole de Puig des Molins, 500-50 avant notre ère. Musée archéologique d’Ibiza et Formentera. © Archivo Museo Arqva, Carthagène. Photo Ana Dolores López Granados
Musée Arqva, Museo Nacional de Arqueología Subacuática, paseo del Muelle Alfonso XII 22, 30202 Carthagène, Espagne. Tél. + 34 968 12 11 66. www.cultura.gob.es/mnarqua





