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L’étonnant fonds archéologique du Musée L à Louvain

Skyphos à la chouette (détail).Terre cuite, entre 474 et 425 avant notre ère, 7,5 cm de haut, Attique. Inv. D670

Skyphos à la chouette (détail).Terre cuite, entre 474 et 425 avant notre ère, 7,5 cm de haut, Attique. Inv. D670 © Collection de la Fédération Wallonie-Bruxelles

À Louvain, le Musée L est le musée universitaire de l’UCLouvain. Là sont conservées plus de 20 000 pièces d’une diversité spectaculaire.

Installé dans l’ancienne bibliothèque des Sciences et Technologies, écrin brutaliste imaginé par l’architecte André Jacqmain, il est l’un des rares, de si grande envergure, à être ouvert au public en Europe. Lieu de recherche et d’enseignement, il offre un parcours thématique et trois espaces sensoriels d’expérimentation. Parmi tous les fonds (arts préhistorique et protohistorique, ancien, moderne, populaire, d’estampes, extra-européen, de moulages et des sciences), voici une sélection du département d’archéologie.

Miroir avec pan et deux ménades

Bien conservé, ce miroir étrusque a perdu le fourreau amovible de son manche. Le médaillon central dépeint une scène mythologique avec le dieu Pan, identifiable à ses cornes et à ses oreilles animales, et deux ménades. Les trois personnages sont nus, les femmes parées de bijoux, portant une étoffe volumineuse et coiffées d’un chignon sophistiqué. Si la face concave est décorée, celle convexe, soigneusement polie, était réfléchissante. Appelés par les Étrusques malena ou malstria, ces miroirs en bronze ont fait l’objet d’une véritable production en série. Inséparable de la toilette, le miroir était porteur d’une charge symbolique sinon magique.

Bronze, entre 315 et 301 avant notre ère, 17,2 cm de diamètre, Étrurie. Inv. FM435.

Bronze, entre 315 et 301 avant notre ère, 17,2 cm de diamètre, Étrurie. Inv. FM435. © Musée L, Jean-Pierre Bougnet

Récipient en forme d’idole stéatopyge

Ce récipient représente une femme nue aux hanches proéminentes. Elle pose ses mains, aux doigts légèrement ébauchés, sur son abdomen, sous sa poitrine. Elle offre un visage circulaire, presque en forme de cœur. La bouche n’est pas figurée. Les deux petites oreilles sont percées de trous, destinés à recevoir des boucles en métal. La tête est dotée d’une coiffe, correspondant au col du récipient. Dans le dos, une tresse de cheveux descend jusqu’au niveau des épaules. Interprétés comme des symboles de vie et de fécondité, ces vases-statuettes aux formes anatomiques accentuées ont essentiellement été retrouvés dans les nécropoles du Ier millénaire avant notre ère du Nord de l’Iran.

Terre cuite, IXe ou VIIIe siècle avant notre ère, 46,5 cm de haut, Iran. Inv. AC57

Terre cuite, IXe ou VIIIe siècle avant notre ère, 46,5 cm de haut, Iran. Inv. AC57 © Musée L, Jean-Pierre Bougnet

Lécythe avec scène funéraire à la stèle

Ce lécythe élancé est enduit d’un engobe blanc orné d’un décor polychrome représentant, sur la scène principale, deux personnages entourant une stèle rectangulaire. Contenant du parfum, les lécythes sont initialement liés à la toilette ; mais ils ont aussi été retrouvés en nombre dans les tombes. D’ailleurs, les sujets peints reprennent souvent cette thématique funéraire. Ce lien avec le monde des morts est renforcé par l’apparition, vers la fin du Ve siècle avant notre ère, d’immenses exemples de lécythes en pierre, faisant office de stèles…

Terre cuite, entre 430 à 410 avant notre ère, 36,5 cm de haut, Attique. Inv. AC127.

Terre cuite, entre 430 à 410 avant notre ère, 36,5 cm de haut, Attique. Inv. AC127. © Musée L, Jean-Pierre Bougnet

Flacon en verre bicolore, vert émeraude et rouge rubis

Ce flacon soufflé à la volée en verre translucide bicolore, vert émeraude et rouge rubis, est un exemple remarquable de l’artisanat proche‑oriental à l’époque islamique. Sa restauration à partir de 62 fragments a permis de retrouver son intégrité structurelle. Les couleurs verte et rouge ayant la même composition (du cuivre), il est difficile de connaître le caractère intentionnel ou accidentel de sa bichromie. La datation est complexe : bien que cette forme soit attestée depuis le Ier siècle de notre ère, l’association de couleurs situerait plutôt sa production à partir du milieu du VIIIe siècle ou de la fin du IXe siècle.

Verre bicolore, après 750, 8 cm de haut, Proche-Orient. Inv. AC336.

Verre bicolore, après 750, 8 cm de haut, Proche-Orient. Inv. AC336. © KIK-IRPA, Bruxelles, 2016, Jean-Luc Elias, Barbara Felgenhauer

Skyphos à la chouette

Comme tous les skyphos de type B, ce bel exemplaire présente une anse verticale et une anse horizontale. Il est orné, sur ses deux faces, d’une chouette entourée d’une branche d’olivier, symboles d’Athéna, déesse protectrice d’Athènes. Le corps de l’animal est de profil et sa tête de face. Si corps et têtes sont décorés de points, de simples traits figurent les plumes des ailes. Fréquent au Ve siècle avant notre ère, ce type de skyphoi était largement exporté depuis Athènes. Des imitations ont été mises au jour à Corinthe, et des versions locales fabriquées en Étrurie et en Grande-Grèce. Utilisée lors des banquets, cette céramique a aussi servi comme offrande à la déesse ou pour des libations funéraires.

Terre cuite, entre 474 et 425 avant notre ère, 7,5 cm de haut, Attique. Inv. D670

Terre cuite, entre 474 et 425 avant notre ère, 7,5 cm de haut, Attique. Inv. D670 © Collection de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Tablette comptable dans son enveloppe

Cette tablette comptable a été cuite accidentellement avec son enveloppe, ce qui a permis sa conservation. Le texte, en cunéiforme et de langue sumérienne, consiste en un reçu comptable et désigne, entre autres, le bénéficiaire, Indagurda, présenté comme le serviteur du roi d’Ur, Shulgi, selon un type de formule extrêmement courant sur les sceaux-cylindres néo‑sumériens. À cette époque, ces documents administratifs étaient enfermés dans une enveloppe, aussi en argile, où le texte de la tablette était reproduit (intégralement ou en résumé). En cas de litige, l’enveloppe était brisée en présence de témoins, libérant la tablette dont le contenu était, lui, irréfutable.

Argile, XXIe avant notre ère, enveloppe : 5,7 cm de long, tablette : 4,6 cm de long, Empire d’Ur III, règne de Shulgi, Mésopotamie (Irak). Inv. MB410.

Argile, XXIe avant notre ère, enveloppe : 5,7 cm de long, tablette : 4,6 cm de long, Empire d’Ur III, règne de Shulgi, Mésopotamie (Irak). Inv. MB410. © Musée L, Jean-Pierre Bougnet

Cercueil égyptien

Ce cercueil momiforme se compose d’un couvercle représentant le défunt dans son linceul, avec de nombreux éléments en relief, et d’une cuve ornée des scènes d’offrande et d’adoration, séparées par des colonnes de textes hiéroglyphiques. De nombreuses divinités liées au monde des morts y sont dépeintes : Osiris, Anubis, Hathor, Amentit. Des marques de sciage au niveau des mains permettent d’illustrer la pratique du réemploi, très populaire au cours de la XXIe dynastie. Ainsi, le cercueil, contenant un squelette masculin, avait été initialement prévu pour une femme, sans doute une prêtresse d’Amon.

Bois, XIe ou Xe siècle avant notre ère (Troisième Période intermédiaire, XXIe dynastie), 188,5 cm de haut, Louxor, nécropoles de Thèbes. Inv. EG136.

Bois, XIe ou Xe siècle avant notre ère (Troisième Période intermédiaire, XXIe dynastie), 188,5 cm de haut, Louxor, nécropoles de Thèbes. Inv. EG136. © Musée L, Jean-Pierre Bougnet

Ces notices ont été établies d’après celles disponibles en ligne sur le site Internet du musée.

Musée L, Place des Sciences 3, 1348 Louvain-la-Neuve. Tél. +32 (0)10 47 48 41. https://museel.be