Hautes-Alpes : du nouveau sur les mégalithes de Veynes

Vue d’ensemble des fouilles. © Julien Couchet, Éveha, 2024
À la suite des fouilles menées en 2024 et dont nous vous avons déjà parlé, de nouvelles annonces ont été faites sur les singuliers mégalithes de cette région méridionale de la France.
L’une des originalités du site réside dans la chronologie avec deux phases d’occupations néolithiques distinctes. La première, monumentale et rituelle, est celle des mégalithes.
Des menhirs et des hommes
Ce lieu de culte aurait fonctionné d’environ 4200 à 3800 avant notre ère, selon une nouvelle estimation donnant des dates plus anciennes que la précédente – ce qui fait probablement remonter aussi encore plus loin dans le temps les utilisations initiales. L’ensemble se compose de huit structures dont les plus imposantes comportent jusqu’à douze menhirs, au-delà du mètre de haut, enchâssés dans des amas de pierres, dont les raffinements et spécificités révèlent croyances et gestes, accomplis et transformés de génération en génération.

Menhir couvrant un fagot d’ossements animaux. © Carole Grellier-Chevalier, Éveha, 2024
Des dépôts de crémation ?
Organisés ici en cercles, là en lignes, gravés d’êtres cornus ou anthropomorphes, parfois peints, ces mégalithes ont pour base, et semble-t-il comme rite initial, des dépôts de crémation, voire de bûcher. Ossements humains, parfois animaux, comme cette fosse un peu particulière contenant trois crânes de bovidés soigneusement arrangés. Cédric Lepère, archéologue à Éveha qui a dirigé les fouilles, voit dans cette symbolique des bovidés « une mémoire du premier Néolithique », nous renvoyant encore plusieurs millénaires plus tôt, à la cosmogonie du Moyen-Orient, d’où provenaient les premiers agriculteurs européens.
Mondes des vivants et des morts
Une des dernières utilisations de ces monuments consiste en un recouvrement partiel par des pierres brûlées. Mais on trouve un ultime témoignage rituel, datant de l’époque où les mégalithes émergeaient encore à la surface : un dépôt d’objets bien plus familiers, en l’occurrence une assiette à rebord et un gobelet à paroi sinueuse. On ne peut s’empêcher, même si cinq siècles d’abandon la séparent de la phase mégalithique, de faire le rapprochement avec la deuxième phase d’occupation du site et un village d’agriculteurs qui s’implante ici d’environ 3300 à 2700 avant notre ère. On sait que les niveaux suivants ont révélé des objets de l’Âge du bronze jusqu’à l’époque moderne. Le site mégalithique était-il un lieu de rassemblement ? Y avait-il un ou plusieurs villages alentour ? S’ils étaient un jour découverts, on pourrait tracer l’histoire de Veynes sur plus de 6 000 ans…





