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Senon et les 40 000 monnaies

Deuxième dépôt monétaire en cours de fouille.

Deuxième dépôt monétaire en cours de fouille. © Simon Ritz, Inrap

Si les dépôts monétaires ne sont pas si rares dans la Meuse – plus d’une trentaine y a été retrouvée depuis le XVIIIe siècle –, il est exceptionnel de pouvoir les étudier dans leur contexte archéologique. La fouille de Senon, à une vingtaine de kilomètres de Verdun, constitue à ce titre une opportunité formidable.

À eux trois, les dépôts monétaires qui viennent d’être découverts à Senon rassemblent plus de 40 000 pièces. On serait bien tenté de les qualifier de « trésors », si le terme n’était pas proscrit par les archéologues de l’Inrap qui réalisent leur étude.

Dépôts et retraits d’espèces

Car comme le rappelle Vincent Geneviève, numismate, « les accumulations de ce type peuvent obéir à une grande variété de gestes et de motivations, qui ne sont pas toujours la thésaurisation ». Retrouvés dans trois maisons d’un même quartier d’habitation, à une cinquantaine de mètres l’un de l’autre, ces trois dépôts n’ont à première vue rien d’un bas de laine composé pour faire face à une période d’insécurité. Loin d’avoir été déposés à la hâte, les vases qui les renferment – des cruches-amphores à l’ordinaire utilisées pour le stockage de liquides – ont été soigneusement enfouis dans des fosses encadrées de gros blocs de pierre, au sein de pièces d’habitation. « D’après leur faible profondeur, il est possible que le goulot ait été visible, ou du moins accessible depuis le sol, ce qui aurait permis d’effectuer des dépôts et des retraits, explique Simon Ritz, responsable scientifique de la fouille. Rien ne semble indiquer en tout cas une volonté de dissimulation. »

Dégagement du deuxième dépôt monétaire.

Dégagement du deuxième dépôt monétaire. © Simon Ritz, Inrap

Une extraordinaire homogénéité

Du bas de laine, les dépôts de Senon n’en ont pas non plus la composition, soit disparate – rassemblant tout ce qu’il est possible d’accumuler –, soit réduite aux plus fortes valeurs. Les trois ensembles, formés de monnaies en alliage cuivreux, frappent par l’extra­ordinaire homogénéité de chacun d’entre eux : « Dans le cas de Senon 2, les 400 premières monnaies que nous avons pu examiner sont toutes contemporaines des empereurs gaulois Victorin, Tetricus I et Tetricus II, explique Vincent Geneviève. Senon 1 se compose, lui, de pièces plus petites, pour la plupart à l’effigie de Claude II divinisé ; ce sont des imitations, réalisées – comme cela se pratiquait souvent – en cas d’absence d’approvisionnements impériaux. »

Solde de la garnison ou collecte fiscale ?

Comment comprendre le caractère si sélectif de ces dépôts qui ont, tous trois, été fermés entre 280 et 310 de notre ère, mais à des dates différentes ? Faut-il y voir une volonté de retrait des pièces de la circulation ? Des particuliers en auraient alors été chargés. Car Senon n’étant qu’une ville de second rang, derrière Metz, les maisons de ce quartier aisé ne peuvent en aucun cas être celles de fonctionnaires impériaux. Faut-il chercher un lien avec le bâtiment fortifié distant de 150 m, dont l’occupation, quoique brève, est contemporaine, et y voir des réserves destinées au paiement de la solde de la garnison ? À moins qu’il ne s’agisse d’une collecte fiscale ?

Conservation du deuxième dépôt monétaire.

Conservation du deuxième dépôt monétaire. © Christophe Fouquin, Inrap

Senon, une ville gallo-romaine qui garde sa part d’ombre

La poursuite de l’étude des dépôts et de l’ensemble des résultats de la fouille permettra peut-être de trancher. Elle aidera du moins à approfondir la connaissance d’une ville gallo-romaine qui garde de nombreuses parts d’ombre : non seulement son nom antique est à ce jour inconnu, faute de sources écrites ou épigraphiques, mais elle entretient un lien non élucidé avec Amel-sur-l’Étang, cité dotée comme elle d’un centre monumental (thermes, théâtre et temples), et pourtant distante d’à peine 1,5 km. Une situation inédite à l’échelle de l’Empire romain.