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Fabienne Verdier, le souffle sacré de l’abstraction à la Cité de l’architecture et du patrimoine

Fabienne Verdier, Couronne d’épines du Christ des Douleurs d’après Simon Marmion (1460-1470) (détail), 2011. Acrylique et technique mixte sur toile, 60 x 125 cm.

Fabienne Verdier, Couronne d’épines du Christ des Douleurs d’après Simon Marmion (1460-1470) (détail), 2011. Acrylique et technique mixte sur toile, 60 x 125 cm. Photo service de presse. © Inès Dielman © Adagp, Paris, 2026

Inaugurant la première édition du programme d’art contemporain de la Cité de l’architecture et du patrimoine, les toiles empreintes de spiritualité de la plasticienne française entrent en résonance intime avec les présences spectrales du lieu.

Sur 1 450 m² de la spectaculaire galerie des moulages, le parcours pensé comme un archipel d’îlots sinueux ménageant perspectives et angles de vision inédits présente près de quarante œuvres couvrant trente ans de création (1996-2024). Le commissaire Matthieu Poirier y orchestre la rencontre entre l’abstraction gestuelle et méditative de l’artiste et les moulages iconiques du musée. De ce dialogue naît une énergie singulière, où peinture et sculpture se rejoignent dans une quête commune d’intemporalité.

« Ce rapprochement révèle la continuité profonde entre le geste de la peintre et celui des sculpteurs, comme un souffle unique parcourant toutes les formes. »

Des œuvres en dialogue

L’énergie vibratoire de ces grands formats – de Cercle-Ascèse à l’étude Couronne d’épines du Christ des Douleurs, en passant par Trilogie –, leurs ondes telluriques et leurs volutes sur fond monochrome répondent, en contrepoint délicat, aux lancéoles, flammèches et autres ornements gothiques des maquettes et moulages des grandes architectures religieuses françaises. Dans cette mise en regard, émergent de ces abstractions gestuelles des formes indécises que l’œil croit deviner : des surgissements fugaces, presque des silhouettes chrétiennes.

Perpetuum mobile 1 illustre idéalement ce dialogue : le grand triptyque semble battre au rythme de ses panneaux, ses oscillations picturales d’une blancheur presque minérale répondant à celle, tout aussi vibrante, des pleurants du tombeau de Jean sans Peur de la Chartreuse de Champmol. Plus loin, l’immense Vortex d’Unterlinden déploie ses tourbillons ascensionnels en écho aux spirales du fût torsadé d’une colonne de l’église Saint-Séverin, tissant un ballet subtil entre mouvement peint et mouvement sculpté.

Fabienne Verdier, Couronne d’épines du Christ des Douleurs d’après Simon Marmion (1460-1470), 2011. Acrylique et technique mixte sur toile, 60 x 125 cm.

Fabienne Verdier, Couronne d’épines du Christ des Douleurs d’après Simon Marmion (1460-1470), 2011. Acrylique et technique mixte sur toile, 60 x 125 cm. Photo service de presse. © Inès Dielman © Adagp, Paris, 2026

Une expérience intérieure

« Mute renvoie au silence d’une peinture refusant l’anecdote et invite doucement le visiteur à se transformer lui-même », explique le commissaire. L’exposition se traverse en effet comme une expérience intérieure, où le dialogue entre pierre et peinture déploie sa force silencieuse et métamorphique. Ce rapprochement révèle la continuité profonde entre le geste de la peintre et celui des sculpteurs, comme un souffle unique parcourant toutes les formes. Au fil de la déambulation, le film Walking Painting, deux grandes photographies de son atelier du Vexin, ainsi qu’une maquette de ce dernier où l’on aperçoit son fameux pinceau-pendule, immergent le visiteur dans son rituel créatif. On y découvre la lenteur rythmée du geste de Fabienne Verdier, révélant sa puissance presque liturgique. L’architecture devient alors une véritable caisse de résonance, amplifiant le rythme des mouvements et la transmutation des œuvres.

Une rencontre évidente

Loin d’un accrochage d’abstractions posées dans un décorum grandiloquent, l’exposition agit comme un révélateur, éclairant les dynamiques secrètes des moulages et la mémoire inscrite dans leurs plis. En retour, ces formes séculaires renforcent la profondeur méditative et cosmique de la peinture. Une première édition réussie, une rencontre presque évidente, où chaque volume éclaire l’autre et invite à relire les chefs-d’œuvre de l’architecture médiévale à travers le prisme de l’art actuel.

« Fabienne Verdier. Mute », jusqu’au 16 février 2026, Cité de l’Architecture et du Patrimoine, 1 place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75016 Paris. Tél. 01 40 69 96 00. www.citedelarchitecture.fr

À lire : Fabienne Verdier, Passagère du silence : 10 ans d’initiation en Chine, réédition, Albin Michel, 2025, 368 p., 34,90 €.