Marbre miraculé, aquarium Art déco, lit pour pharaon moderne : nos coups de cœur à la BRAFA 2025

Pieter Jan Braecke (1858-1938), L’Humanité (détail), avant 1906. Marbre de Carrare, H. 220 cm. Bruxelles, Thomas Deprez Fine Arts.

Pieter Jan Braecke (1858-1938), L’Humanité (détail), avant 1906. Marbre de Carrare, H. 220 cm. Bruxelles, Thomas Deprez Fine Arts. © Actu-culture.com / OPM

Aussi chaleureuse qu’éclectique, la vénérable foire belge souffle en 2025 ses 70 bougies avec une vigueur intacte, accueillant cette année 16 nouvelles galeries. Un anniversaire célébré en grande pompe par l’artiste portugaise Joana Vasconcelos, invitée d’honneur, qui a convoqué Richard Wagner et la mythologie nordique afin d’offrir à la curiosité des visiteurs du salon deux Valkyries puissantes et colorées mêlant savoir-faire traditionnel et haute technologie. Sous la protection de ces figures tutélaires, découvrez en images les œuvres qu’il ne fallait pas manquer cette année dans les allées de Brussels Expo.

Une grossesse de 180 millions d’années

Ce fossile extraordinaire a été découvert dans le sud de l’Allemagne à la fin des années 1960. Il s’agit du squelette entièrement articulé d’une femelle ichtyosaure qui portait deux petits que l’on distingue clairement dans son abdomen. Aussi a-t-elle été baptisée « Mutti » (maman en allemand). La préparation méticuleuse de cette créature du Jurassique inférieur proposée par la Stone gallery lui a permis de conserver l’essentiel de son état d’origine. Il s’agit assurément de l’un des plus beaux spécimens actuellement proposés sur le marché mondial. Prix demandé : 1,2 million d’euros. S.D.-G.

Fossile d’ichtyosaure, 350 x 100 cm, 180 kilos. Pays-Bas, Stone gallery.

Fossile d’ichtyosaure, 350 x 100 cm, 180 kilos. Pays-Bas, Stone gallery. © DR

Saint Jérôme en Bourgogne

Passée en vente publique il y a quelques années, cette délicate sculpture en calcaire, visible sur le stand de la galerie bruxelloise Dei Bardi Art, représente saint Jérôme en habit de cardinal tenant de la main droite une Bible – ce dernier étant réputé l’avoir traduite en latin – et offrant la gauche aux caresses d’un lion dont il aurait, d’après la légende, retiré une épine de la patte. Le visage aux traits finement sculptés rappelle l’art de Jean de la Huerta (1413-1462), qui travailla notamment pour le duc de Bourgogne Philippe le Bon. Les spécialistes attribuent la réalisation de cette œuvre à l’un de ses suiveurs, probablement Jean de Blany, à qui l’on doit deux autres sculptures de même style : le priant de Richard de Plaine de la chapelle des Jacobins de Poligny et le saint Jean du calvaire de l’église Saint-Anatoile de Salins-les-Bains. S.D.-G.

Suiveurs de Jean de la Huerta, Jean de Blany ?, Saint Jérôme, Bourgogne, deuxième moitié du XVe siècle. Calcaire, hauteur : 60,5 cm. Bruxelles, galerie Dei Bardi Art.

Suiveurs de Jean de la Huerta, Jean de Blany ?, Saint Jérôme, Bourgogne, deuxième moitié du XVe siècle. Calcaire, hauteur : 60,5 cm. Bruxelles, galerie Dei Bardi Art. © DR

Une rarissime plaque de cuivre de Rembrandt

Rembrandt a laissé derrière lui 314 plaques de cuivre dont seulement une centaine est identifiée à ce jour. La galerie amstellodamoise Douwes Fine Art dévoile l’un d’entre eux qui a servi de matrice à une énigmatique estampe, Docteur Fautreius ou Faust (vers 1652). Son sujet demeure en effet un mystère : bien que portant le nom du héros de la pièce de théâtre de Christopher Marlowe écrite en 1592, elle ne correspond à aucun passage de cette tragique histoire. Le disque brillant comportant les lettres INRI – référence à l’inscription placée au-dessus de la tête du Christ lors de la crucifixion – demeure également inexpliqué. Peut-être faut-il y voir une opposition entre la connaissance humaine, représentée par l’érudit à sa table de travail, et la clarté de la sagesse divine qui lui reste inaccessible… S.D.-G.

Rembrandt Harmensz van Rijn (1606-1669), plaque de cuivre matrice de l’estampe Un érudit dans son étude, vers 1652, aussi connue sous le nom Docteur Fautreius ou Faust, 21 x 16 cm, 3 millimètres d’épaisseur. Pays-Bas, galerie Douwes Fine Art.

Rembrandt Harmensz van Rijn (1606-1669), plaque de cuivre matrice de l’estampe Un érudit dans son étude, vers 1652, aussi connue sous le nom Docteur Fautreius ou Faust, 21 x 16 cm, 3 millimètres d’épaisseur. Pays-Bas, galerie Douwes Fine Art. © DR

Le cinquième empereur chinois

L’apparition sur le marché de l’art d’un troisième exemplaire de cette statuette en biscuit de porcelaine représentant l’empereur de Chine Qianlong en mai 2024, ainsi que la préemption d’un quatrième par le château de Versailles en décembre dernier (les deux premiers étant conservés au musée des Arts décoratifs de Paris et au Museum of Fine Arts de Boston), laissaient imaginer la réapparition d’autres sculptures de cette série produite à la manufacture de Sèvres dans les années 1770. C’est chose faite avec cette cinquième figurine proposée par la galerie Art & Patrimoine – Laurence Lenne. Achetés à l’origine par plusieurs membres de la famille royale française, ces précieux exemplaires illustrent les relations qu’entretenaient l’Empire du milieu et la France aux XVIIe et XVIIIe siècles. S.D.-G.

Manufacture royale de porcelaine de Sèvres, Josse-François-Joseph Le Riche (modeleur), Louis-Simon Boizot (sculpteur), L’Empereur Qianlong (1711-1799), vers 1776. Biscuit de porcelaine tendre, hauteur : 41 cm. Bruxelles, galerie Art & Patrimoine.

Manufacture royale de porcelaine de Sèvres, Josse-François-Joseph Le Riche (modeleur), Louis-Simon Boizot (sculpteur), L’Empereur Qianlong (1711-1799), vers 1776. Biscuit de porcelaine tendre, hauteur : 41 cm. Bruxelles, galerie Art & Patrimoine. © DR

Un sommeil de pharaon

Il s’agit sans doute de la pièce la plus iconique de cette 70e édition, celle devant laquelle les amateurs qui arpentaient les allées du salon n’avaient de cesse de se faire photographier. Apparu à Drouot en 2019, cet extraordinaire lit néo-égyptien présenté chez Marc Maison a retrouvé, après une méticuleuse restauration, son exubérante splendeur et ses trois nuances d’or. Réalisé par la maison Louis Malard, qui décrocha grâce à lui la médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1889, ce mobilier, dont le style évoque le temps de Ramsès II, déploie un décor d’une étonnante précision historique. Il faudra débourser 660 000 € pour vous offrir un sommeil de pharaon. O.P.-M.

La chambre à coucher néo-égyptienne de Louis Malard trône en majesté au milieu du stand de la galerie Marc Maison.

La chambre à coucher néo-égyptienne de Louis Malard trône en majesté au milieu du stand de la galerie Marc Maison. © Actu-culture.com / OPM

Une émouvante redécouverte

Cette Humanité mettant en scène le bonheur familial s’impose incontestablement comme l’œuvre la plus émouvante de la BRAFA 2025. Dévoilée par Thomas Deprez, spécialiste de l’art belge Fin-de-Siècle, elle convoque le souvenir du somptueux hôtel Aubecq, élevé à l’aube du XXe siècle à Bruxelles par Victor Horta à la demande d’un riche industriel. Scandaleusement livré aux démolisseurs en 1950 pour laisser place à un immeuble de douze étages, ce joyau Art nouveau, dont la façade démontée attend depuis 75 ans un hypothétique remontage, subsiste aujourd’hui par certains de ses décors et une partie de ses collections, dispersés dans le monde entier. Chef-d’œuvre de la sculpture belge exécuté par Pieter Jan Braecke (1858-1938) vers 1906, ce marbre monumental de deux mètres de haut qui ornait le grand hall de l’hôtel n’était plus localisé depuis le triste cliché le montrant toujours fièrement dressé sous l’escalier détruit. O.P.-M.

Pieter Jan Braecke (1858-1938), L’Humanité, avant 1906. Marbre de Carrare, H. 220 cm. Bruxelles, Thomas Deprez Fine Arts.

Pieter Jan Braecke (1858-1938), L’Humanité, avant 1906. Marbre de Carrare, H. 220 cm. Bruxelles, Thomas Deprez Fine Arts. © Actu-culture.com / OPM

Les Mumuye en majesté

Après les Kachinas, figures rituelles Hopi d’Arizona très admirées l’an passé chez Julien Flak, place en 2025 aux Mumuye du Nigeria, à l’honneur sur le stand de la galerie parisienne spécialisée dans les arts d’Afrique, d’Océanie et d’Amérique du Nord. Une vingtaine de sculptures en bois réalisées au début du XXe siècle par ce peuple d’agriculteurs de l’est du Nigeria, et provenant de collections prestigieuses comme celles de Jacques Kerchache, Hélène Leloup ou encore René Rasmussen, révèlent avec éclat leur modernité et leur inventivité à travers une scénographie colorée et spectaculaire. Il y en aura (presque) pour toutes les bourses : si les premières sont proposées à partir de 7000 €, comptez jusqu’à 80 000 € pour les plus importantes. S.D.-G.

La galerie Flak met cette année à l’honneur une vingtaine de sculptures Mumuye.

La galerie Flak met cette année à l’honneur une vingtaine de sculptures Mumuye. © Actu-culture.com / OPM

Une puissante crucifixion symboliste

Le salon mettait pour la première fois à l’honneur de jeunes marchands belges au sein d’un espace dédié, baptisé Selected by BRAFA. Si la présentation se révèle peut-être un peu trop dense, elle met toutefois à l’honneur un spectaculaire dessin exposé par le galeriste Nathan Uzal. Cette grande composition verticale ascendante du peintre symboliste Marcel Delmotte (1901-1984) met en scène une poignante vision de la crucifixion : au premier plan, un solide personnage suppliant semble puiser son inspiration chez Michel-Ange ou William Blake ; la figure de la Vierge qui l’enveloppe fait le lien entre l’humanité et le divin, tandis que le Christ crucifié qui la surmonte étonne par sa position originale, le bras gauche pendant tandis que le droit repose sur la croix ; dominant la scène, Dieu le Père est figuré en sage arborant une longue barbe blanche, irradiant des rayons de lumière. Ce type de composition est caractéristique du travail de l’artiste : le galeriste possédait également un dessin comparable qui a trouvé preneur il y a de cela quelques semaines. O.P.-M.

Marcel Delmotte (1901-1984), L’invocation du pardon de l’âme, 1927. Fusain, craie blanche, encre noire, pastel bleu et vert, papier, 255 x 120 cm. Bruxelles, galerie Uzal. © DR

Marcel Delmotte (1901-1984), L’invocation du pardon de l’âme, 1927. Fusain, craie blanche, encre noire, pastel bleu et vert, papier, 255 x 120 cm. Bruxelles, galerie Uzal. © DR © DR

Un aquarium Art déco

On sait peu de choses de cette séduisante feuille proposée par la galerie Alexis Pentcheff. Elle arbore la signature du maître laqueur Gaston Suisse (1896-1988), gloire française de l’Art déco consacrée par l’Exposition universelle de 1937. Si les poissons japonais ne sont pas rares dans l’œuvre de l’artiste, comme en témoigne, à proximité sur le stand, un délicat panneau en laque polychrome, on ignore cependant le projet précis que prépare ce grand pastel à l’huile sur fond d’or. La division de l’espace en cinq parties laisse penser qu’il pourrait s’agir des réflexions du laqueur pour un paravent. O.P.-M.

Gaston Suisse (1896-1988), Poissons japonais dans les gorgones, vers 1930. Pastel à l'huile sur fond d'or, papier marouflé sur toile, signé en bas à droite, 105 x 150 cm. Marseille, galerie Alexis Pentcheff.

Gaston Suisse (1896-1988), Poissons japonais dans les gorgones, vers 1930. Pastel à l'huile sur fond d'or, papier marouflé sur toile, signé en bas à droite, 105 x 150 cm. Marseille, galerie Alexis Pentcheff. © DR

Galuchat et palissandre

Reconnu pour la qualité et le luxe de ses réalisations – il a notamment aménagé l’une des suites du paquebot Normandie en 1935 –, Jean Pascaud (1903-1996) a conçu ce cabinet aux alentours de 1940. Les deux portes cintrées et les panneaux latéraux sont entièrement gainés de galuchat – ce cuir de poissons cartilagineux aux denticules cutanés caractéristiques – tandis que la structure, le plateau et le piètement en découpe à large plinthe sont plaqués de palissandre. L’intérieur, quant à lui, est composé de tablettes en placage de sycomore. Cet élégant meuble visible sur le stand de la galerie Mathivet s’ouvre à l’aide d’une prise circulaire en bronze doré ornée d’un corps de femme en bas-relief. S.D.-G.

Jean Pascaud (1903-1996), cabinet à deux portes, vers 1940. Gainage en galuchat, placages de palissandre et de sycomore, 164 x 105 cm. Paris, galerie Mathivet

Jean Pascaud (1903-1996), cabinet à deux portes, vers 1940. Gainage en galuchat, placages de palissandre et de sycomore, 164 x 105 cm. Paris, galerie Mathivet © DR

Flamboyante Vasconcelos

Elle succède cette année à Julio Le Parc, Christo, Gilbert & George et Arne Quinze. Révélée au public français en 2012 après avoir investi le château de Versailles de ses créations monumentales, Joana Vasconcelos (née en 1971) s’épanouit en ce mois de janvier dans les allées de la foire et sur les stands des galeries. La Patinoire Royale Bach, qui la représente en Belgique, offre notamment à la curiosité des amateurs une réjouissante sélection de ses œuvres proposées entre 10 000 et 85 000 €. Une présentation qui fait office de prélude à la prochaine installation de l’artiste qui, à partir du 1er février, transformera la nef de la galerie en une vaste forêt enchantée. O.P.-M.

Vue des œuvres de Joana Vasconcelos sur le stand de La Patinoire Royale Bach à la BRAFA 2025.

Vue des œuvres de Joana Vasconcelos sur le stand de La Patinoire Royale Bach à la BRAFA 2025. © Actu-culture.com / OPM

BRAFA Art Fair, du 26 janvier au 2 février 2025 à Brussels Expo (Palais 3 & 4), place de Belgique 1, 1020 Bruxelles. www.brafa.art