Adjugés peinture ancienne : les œuvres qui ont fait monter les enchères en octobre et novembre

Giovanni Paolo Panini (1691-1765), Une offrande à Esculape sur l’Ile Tibérine, Rome (détail). Signé et daté à Rome en 1734. Huile sur toile, 102,3 x 92,5 cm. Vente Vienne, Dorotheum, 23 octobre 2025. Photo service de presse. © Dorotheum
Quelques résultats significatifs ont retenu l’attention en France tandis qu’à Vienne, les maîtres anciens ont connu un succès mérité lors d’une vente organisée par la maison Dorotheum.
Le caravagisme du Nord
Originaire des Pays-Bas, Mathias Stom fut influencé par l’œuvre de Gerrit van Honthorst avant de se rendre en Italie. Ce tableau est sans doute daté du début des années 1630, et fut certainement exécuté à Rome ou à Naples où l’artiste séjournait. Il représente saint Pierre en plan rapproché, qui nie connaître le Christ ; un homme lui fait face et, à leurs côtés, une jeune femme apparaît éclairée par cette lumière artificielle si caractéristique des caravagesques du Nord. Les compositions de Stom sont assez théâtrales, la lumière y est tranchée avec des tonalités violentes, dans une atmosphère dramatique accentuée par les jeux d’ombre et de lumière, faisant du maître « le représentant ultime du caravagisme porté à un degré de brutalité jamais dépassé ». Ce tableau rappelle celui de même sujet réalisé par Caravage.

Mathias Stom (vers 1600-vers 1652), Le Déni de saint Pierre. Huile sur toile, 134,7 x 99,5 cm. Vente Vienne, Dorotheum, 23 octobre 2025. Estimé : 80 000/120 000 €. Adjugé : 117 000 € (frais inclus). Photo service de presse. © Dorotheum
Une œuvre de jeunesse de Laurent de La Hyre
Redécouverte dans un château de Sologne où elle était oubliée depuis presque 200 ans, cette œuvre est l’une des plus précoces de Laurent de La Hyre. On doit à Jean-Pierre Cuzin son attribution. Elle est mentionnée dans l’inventaire après décès de l’artiste, les dimensions correspondent. S’agit-il d’une œuvre encore marquée par le maniérisme de l’École de Fontainebleau, ou tendant déjà vers le style plus baroque du règne de Louis XIII ? Elle est en tout cas très éloignée du style convenu caractéristique de l’art de Laurent de La Hyre. Le peintre a choisi un sujet difficile et très ambitieux : l’affrontement des Centaures avec la tribu des Lapithes. Au cours des noces de Pirithoos, roi de Thessalie, avec Hippodamie, les Centaures tentent de violer la mariée et d’autres jeunes femmes, ce qui donne lieu à une bataille entre les deux tribus. Une grande confusion règne dans cette scène se déroulant dans un palais imaginaire.

Laurent de La Hyre (1606-1656), Le Banquet des Lapithes. Huile sur toile, 204 x 270 cm. Vente Orléans, Hôtel des ventes Orléans-Madeleine, 15 novembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 500 000/700 000 €. Adjugé : 638 560 € (frais inclus). Photo service de presse
Les Métamorphoses d’Ovide selon Panini
Ce tableau est daté de 1734, soit de la même année que la célèbre vue du Quirinale commandée par le pape Clément XII. Le sujet est tiré des Métamorphoses d’Ovide : pour mettre fin à une épidémie de peste qui sévissait en 293 avant J.-C, les Romains envoyèrent des ambassadeurs à Épidaure, où se trouve le temple d’Esculape, dieu de la médecine. De retour à Rome, on construisit un temple sur l’Ile Tibérine pour remercier le dieu d’avoir éradiqué l’épidémie. Cette scène est animée de nombreux personnages qui tous rendent grâce à Esculape. Elle permet au peintre de démontrer son talent de scénographe. L’œuvre fut commandée par le Dr. Richard Mead, médecin très connu à l’époque et collectionneur passionné, qui possédait des œuvres de Nicolas Poussin, Canaletto ou encore Watteau.

Giovanni Paolo Panini (1691-1765), Une offrande à Esculape sur l’Ile Tibérine, Rome. Signé et daté à Rome en 1734. Huile sur toile, 102,3 x 92,5 cm. Vente Vienne, Dorotheum, 23 octobre 2025. Estimé : 300 000/400 000 €. Adjugé : 395 500 € (frais inclus). Photo service de presse. © Dorotheum
Un pastel de Perronneau séduit les enchères
Antoine-Charles Lorimier est un notable parisien typique de la fin de l’Ancien Régime. Né à Paris en 1722, il fut capitaine de dragons, maître de la Chambre aux deniers de Sa Majesté, conseiller secrétaire du roi, entre autres fonctions. En 1747, il épousa Marie-Benoîte Auvray de Boismillet, puis à la fin de sa vie, il se retira à Sceaux où il mourut vers 1801. Il semble que le peintre Jean-Baptiste Perronneau se soit attaché à la personnalité de ce jeune homme et à son statut social, allant même jusqu’à mener ici une étude psychologique assez poussée, comme à son habitude. Le visage du modèle est tourné vers le spectateur sur lequel il pose un regard insistant. La délicate gamme chromatique de son habit est simplement rehaussée d’une touche de bleu ; Perronneau était un brillant coloriste, comme en témoignent les présents reflets. À l’instar de ses autres portraits, l’artiste représente son modèle en buste, de trois-quarts, sur un fond neutre.

Jean-Baptiste Perronneau (1715-1783), Portrait d’Antoine-Charles II Lorimier (1722-vers 1801). Pastel, 63 x 52 cm. Signé et daté « Perronneau Pinx 1743 ». Vente Royan, Saintonge Enchères, 18 octobre 2025. Estimé : 20 000/30 000 €. Adjugé : 297 600 € (frais inclus). Photo service de presse. Photo Stanislas Ledoux
L’art introspectif de Greuze
Ce portrait fait partie des images séduisantes et méditatives, véritables « têtes de caractère » idéalisées qui ont fait la célébrité de Jean-Baptiste Greuze. Cette jeune femme se retourne vers le spectateur avec un regard appuyé. Les drapés, noirs et blancs, laissent apparaître son visage et sa nuque, seul le ruban bleu rappelle la couleur de ses yeux. La carnation du visage permet de dater le tableau autour des années 1770-1780, époque où ce genre d’œuvres eut beaucoup de succès. Cette peinture est proche de la Jeune Fille au ruban bleu (musée du Louvre). L’artiste est actuellement à l’honneur au Petit Palais jusqu’en janvier 2026.

Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), Portrait de jeune fille au ruban bleu. Huile sur toile, 42 x 34,3 cm. Vente Cannes, Pichon & Noudel-Deniau, 14 octobre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 120 000/150 000 €. Adjugé : 156 000 € (frais inclus). Photo service de presse
Redécouverte d’un portrait par Goya
Récente redécouverte, ce portrait daté de 1783 est resté dans la même famille jusqu’en 1870. Le personnage représenté est l’un des grands d’Espagne, héritier de la famille des Villafranca qui par héritage devint duc d’Albe. Goya traite son sujet de manière très réaliste mais fait aussi preuve d’un certain sens de l’introspection grâce à une technique délicate. La coiffure du personnage est poudrée sur le devant tandis qu’on devine derrière une queue de cheval demeurée noire attachée par un ruban. La cravate fait figure d’élément de contraste, elle fut exécutée à l’aide de touches rapides reflétant la lumière. À cette époque, Goya réalisa de nombreux portraits, notamment pour cette famille et d’autres puissants personnages qui devinrent ses protecteurs. Tous témoignent d’un sens profond du réalisme psychologique, ce qui est très novateur pour l’époque.

Francisco José de Goya y Lucientes (1746-1828), Portrait du jeune Don José Álvarez de Toledo Osorio y Gonzague, duc d’Albe et 11e marquis de Villafranca, en buste, vers 1783. Huile sur toile, 52,5 x 42,7 cm. Vente Vienne, Dorotheum, 23 octobre 2025. Estimé : 400 000/600 000 €. Adjugé : 520 000 € (frais inclus). Photo service de presse. © Dorotheum





