Carl Schuch, un peintre cosmopolite à Paris au Städel Museum

Carl Schuch, Paysage forestier rocheux, vers 1890. Huile sur toile, 60 x 83,5 cm. Munich, Bayerische Staatsgemäldesammlungen. Photo service de presse. © bpk / Bayerische Staatsgemäldesammlungen
Peintre allemand né en Autriche, Carl Schuch (1846-1903) a inlassablement sillonné l’Europe pour façonner un œuvre personnel qui mérite d’être redécouvert. Le Städel Museum explore l’ensemble de sa carrière en mettant en exergue ses séjours à Paris et son vif intérêt pour les peintres français.
Bénéficiant d’une totale indépendance financière, Carl Schuch n’a quasiment jamais exposé ni vendu ses œuvres. C’est seulement après sa mort qu’une toile (la première d’une longue série) est acquise par un musée : Homard avec pichet en étain et verre de vin (1877), aujourd’hui prêtée par la Nationalgalerie de Berlin. Depuis les années 2000, plusieurs expositions lui ont été consacrées et le Städel Museum propose à son tour une véritable immersion dans sa vie et son œuvre au gré d’un parcours didactique, ponctué d’une cinquantaine d’œuvres de peintres que Schuch a fréquentés ou simplement admirés.

Carl Schuch, Homard avec pichet en étain et verre de vin, 1877. Huile sur toile, 61 x 75 cm. Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie. Photo Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie / Jörg P. Anders. Public Domain Mark 1.0
Un peintre voyageur
Le visiteur découvre d’abord la vie résolument libre de cet artiste qui délaisse très tôt les bancs de l’Académie de Vienne pour se former au gré de rencontres et de voyages à travers l’Europe. On le voit ainsi affiner son style à Munich (1870-1876), au contact du chantre du réalisme Wilhelm Leibl. Il choisit ensuite Venise pour port d’attache (1876-1882), période durant laquelle il multiplie les natures mortes et les intérieurs tout en poursuivant ses recherches sur le paysage, lors de séjours dans le Brandebourg, près de Berlin.

Wilhelm Leibl, Le peintre Carl Schuch, 1876. Huile sur toile, 58,5 x 50,5 cm. Munich, Bayerische Staatsgemäldesammlungen. Photo service de presse © Dresde, Staatliche Kunstsammlungen
Les années parisiennes
L’ultime partie de sa carrière se déroule principalement en France (1882-1894), où il a sans doute déjà séjourné dès 1871. Il fréquente alors les musées, salons et galeries, et s’intéresse autant pour les peintres de l’école de Barbizon et les impressionnistes que pour Eugène Delacroix, Jules Bastien-Lepage ou Jean-Siméon Chardin (les commissaires de l’exposition ont rassemblé un remarquable panorama d’œuvres que Schuch a certainement admirées).

Carl Schuch, Le Panier de rhododendrons, 1885-1886. Huile sur toile, 61 x 78 cm. Dresde, Staatliche Kunstsammlungen. Photo service de presse © Dresde, Staatliche Kunstsammlungen
Des parallèles éclairants
On plonge ensuite plus avant dans ces années parisiennes au fil de sections thématiques où l’on se plaît à reconnaître la palette aux teintes chaudes et la matière épaisse du peintre. L’une des salles le confronte judicieusement à Paul Cezanne, qu’il n’a probablement pas rencontré mais auquel il a souvent été comparé à partir de 1905. Et si certains parallèles ne sont pas toujours à l’avantage de Schuch (on songe notamment à l’éblouissant Bouquet dans un vase en cristal d’Édouard Manet), les dialogues qui structurent le parcours sont assurément éclairants. Nos pérégrinations s’achèvent par une halte dans le Doubs, où le peintre s’est immergé dans les paysages de Gustave Courbet, qu’il admirait depuis sa jeunesse.
À l’issue de ce captivant voyage, on peut rappeler la devise de Schuch, qui a su s’affranchir des frontières et des catégories : « Voyez par vous-même et trouvez par vous-même ».

Édouard Manet, Bouquet dans un vase en cristal, vers 1882. Huile sur toile, 32,7 x 24,5 cm. Washington, National Gallery of Art. Photo courtesy National Gallery of Art, Washington
« Carl Schuch et la France », jusqu’au 1er février 2026, Städel Museum, 2 Dürerstrasse, 60596 Francfort-sur-le-Main. Tél. 00 49 69 60 50 98 00. www.staedelmuseum.de
Catalogue, versions allemande et anglaise, Prestel Verlag, 264 p., 54 €.





